Pratique-t-on trop de césariennes de nos jours?

Depuis quelques années, on s’interroge sur l’augmentation du taux de naissances par césarienne dans les pays industrialisés comme le Canada, les États-Unis et la France. Cette tendance semble également se répandre dans les pays en voie de développement comme le Brésil qui avoisine un pourcentage record de 80 %.

L’enquête la plus récente effectuée par Statistiques Canada en 2004-2005 révèle que plus d’un enfant sur quatre naît par césarienne au Québec et au Canada, soit 25 % des naissances. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OSM), un taux de césarienne de plus de 15 % est jugé abusif et serait susceptible d’entrainer plus de conséquences négatives que positives si l’on tient compte des risques liés à la chirurgie.

Qu’est-ce que la césarienne?

Une césarienne est une intervention chirurgicale qui consiste à faire une incision de l’utérus de la mère pour en extraire le bébé. Il existe deux types de césarienne : la césarienne planifiée et la césarienne d’urgence.

Si l’obstétricien juge que le risque de complications par accouchement vaginal est trop important pour la mère ou l’enfant, il peut planifier une césarienne. Une césarienne d’urgence se décide pendant l’accouchement lorsque le bébé ne reçoit plus d’oxygène ou qu’il est incapable de s’engager dans le bassin de la mère.

Depuis quelques années, une nouvelle forme de césarienne est apparue : la césarienne de convenance, aussi appelée césarienne de confort. Des femmes qui n’ont aucune condition médicale qui nécessite une césarienne en font la demande parce qu’elles rejettent l’option d’un accouchement vaginal.

Les césariennes de convenance : les motifs

Quelles sont les raisons qui poussent les femmes à demander une césarienne de convenance à leur gynécologue? Ce phénomène, malgré qu’il soit récent, tend à prendre de l’ampleur au Québec.

Selon le Dr Francoeur, obstétricienne et chef de l’unité des naissances au CHU Sainte-Justine, il est nécessaire avant tout de chercher à comprendre les fondements derrière une telle demande. En dépit de la présence de statistiques exactes sur le nombre de césariennes demandées, Dr William Fraser, chercheur à l’Université de Montréal, pense qu’une des principales raisons qui pousse les femmes à demander une césarienne est leur manque de confiance en leur capacité d'accoucher naturellement. La plupart du temps, elles ont peur de la douleur associée à l'accouchement par voie vaginale, craignent pour la sécurité de leur enfant ou encore, ont entendu de mauvaises expériences dans leur entourage.

Voici quelques raisons généralement exprimées :

  • La possibilité de planifier l’accouchement et de choisir la date;
  • L’accouchement se déroule avec le gynécologue qui a fait le suivi de la grossesse;
  • L'accouchement est moins long;
  • Les risques d'imprévus sont moins nombreux;
  • Les douleurs sont moins violentes;
  • Le périnée est moins abîmé;

Les principaux facteurs responsables de l’augmentation des césariennes 

Les césariennes de convenance, bien qu’elles soient plus fréquentes depuis quelques années, ne représentent pas la raison principale de l’augmentation de ce type d’accouchement. Plusieurs autres motifs en sont responsables.

Le poids des mères et des bébés

Selon le Dr Diane Francoeur, obstétricienne et chef de l’unité des naissances à l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal, l’augmentation des césariennes au Québec est due à la capacité des femmes à porter et mettre au monde leur enfant. Elle souligne que de nos jours, les mères et leur bébé prennent plus de poids qu’auparavant. Les cas d’obésité sont plus fréquents et ce facteur joue un rôle déterminant dans l’augmentation du taux de césariennes.

L’âge des mères

Au Québec, une des raisons expliquant l’augmentation des césariennes réside aussi dans le fait que les femmes ont leur premier enfant de plus en plus tard. Selon l'Institut de la statistique du Québec, l’âge moyen aujourd’hui est de 28 ans, contrairement à 26 ans en 1990. L’âge des mères a un véritable impact sur les risques de complications d’un accouchement, de ce fait, les césariennes sont portées à augmenter.

Les bébés éprouvette  

La hausse du taux de césarienne s’explique également par le développement de la procréation assistée. Les femmes qui y ont recours vivent plus souvent des grossesses multiples qui demandent en général une césarienne.

La présentation de siège 

Les fœtus en présentation de siège représentent un autre facteur. Ils naissent presque toujours par césarienne. Dr Robert Gagnon, directeur du département d'obstétrique de l'Hôpital Royal-Victoria, soutient toutefois que l'accouchement du siège par voie vaginale constitue une option sécuritaire. Selon lui, les médecins devraient être en mesure d'offrir aux femmes le choix de tenter un accouchement par voie basse plutôt que d’opter pour une césarienne automatiquement.

Les progrès médicaux

Les progrès médicaux et la technologie d’aujourd’hui jouent également un rôle dans cette hausse. À titre d’exemple, les médecins ont maintenant accès à un monitorage fœtal qui permet un suivi plus étroit des bébés. « Dès qu'on voit que quelque chose ne marche pas, on va plus rapidement en césarienne », souligne Dr Diane Francoeur.

Les seconds accouchements après césarienne 

Parmi les facteurs qui expliquent l'accroissement du nombre de césariennes, plusieurs spécialistes de la santé notent que les femmes qui ont déjà eu une césarienne peuvent difficilement avoir des enfants par voie vaginale par la suite, les risques de rupture d'utérus étant assez élevés. Les accouchements vaginaux après césarienne sont moins pratiqués qu'auparavant. Selon des statistiques, le taux était de 36 % en 1999 contre 2 % en 2004.

Une intervention plus rapide des médecins

Certains médecins préfèrent les risques de la césarienne aux risques d'un accouchement par voie vaginale qui tourne mal. Lorsque la future mère est fatiguée et que l'accouchement se déroule très lentement, certains médecins interviendraient plus rapidement en suggérant à la mère une césarienne s'il y a des risques pour le bébé.

La crainte médico-légale des médecins 

Selon Dr Diane Francoeur, chef de l’unité des naissances au CHU Sainte-Justine, depuis plusieurs années, la peur des poursuites guide de plus en plus les actes médicaux des gynécologues. Ils craignent des poursuites dans le cas où ils refusent la demande d’une patiente qui désire avoir une césarienne et que l’accouchement par voie vaginale se gâte et entraine des complications chez le bébé. C’est dans de telles circonstances que par prudence, de plus en plus d’obstétriciens ont recours à la césarienne. 


Sabrina Hammoum, rédactrice Canal Vie
 

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