Pratique-t-on trop de césariennes de nos jours?

Pratique-t-on trop de césariennes de nos jours?

Depuis quelques années, on s’interroge sur l’augmentation du taux de naissances par césarienne dans les pays industrialisés comme le Canada, les États-Unis et la France. Cette tendance semble également se répandre dans les pays en voie de développement comme le Brésil qui avoisine un pourcentage record de 50 %.

L’enquête la plus récente effectuée par Statistique Canada  révèle que plus d’un enfant sur quatre nait par césarienne au Canada, plus précisément 28,4 %. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un taux de césarienne de plus de 15 % est jugé abusif et serait susceptible d’entrainer plus de conséquences négatives que positives si l’on tient compte des risques liés à la chirurgie.

Qu’est-ce que la césarienne?

Une césarienne est une intervention chirurgicale qui consiste à faire une incision de l’utérus de la mère pour en extraire le bébé. Il existe deux types de césariennes : la césarienne planifiée et la césarienne d’urgence.

Si l’obstétricien juge que le risque de complications par accouchement vaginal est trop important pour la mère ou l’enfant, il peut planifier une césarienne. Une césarienne d’urgence se décide pendant l’accouchement lorsque le bébé ne reçoit plus d’oxygène ou qu’il est incapable de s’engager dans le bassin de la mère.

Depuis quelques années, une nouvelle forme de césarienne est apparue : la césarienne de convenance, aussi appelée césarienne de confort. Des femmes qui n’ont aucune condition médicale qui nécessite une césarienne en font la demande parce qu’elles rejettent l’option d’un accouchement vaginal.

Les césariennes de convenance : les motifs

Quelles sont les raisons qui poussent les femmes à demander une césarienne de convenance à leur gynécologue? Ce phénomène, malgré qu’il soit récent, tend à prendre de l’ampleur au Québec.

Selon la Dre Francoeur, obstétricienne et gynécologue au CHU Sainte-Justine et Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), il est nécessaire avant tout de chercher à comprendre les fondements derrière une telle demande. En dépit de la présence de statistiques exactes sur le nombre de césariennes demandées, Dr William Fraser, chercheur au CHU de Sherbrooke, pense qu’une des principales raisons qui pousse les femmes à demander une telle intervention est leur manque de confiance en leur capacité d’accoucher naturellement. La plupart du temps, elles ont peur de la douleur associée à l’accouchement par voie vaginale, craignent pour la sécurité de leur enfant ou encore, ont entendu de mauvaises expériences dans leur entourage.

Voici quelques raisons généralement exprimées :

·         La possibilité de planifier l’accouchement et de choisir la date;

·         L’accouchement se déroule avec le gynécologue qui a fait le suivi de la grossesse;

·         L’accouchement est moins long;

·         Les risques d’imprévus sont moins nombreux;

·         Les douleurs sont moins violentes;

·         Le périnée est moins abimé.

Les principaux facteurs responsables de l’augmentation des césariennes 

Les césariennes de convenance, bien qu’elles soient plus fréquentes depuis quelques années, ne représentent pas la raison principale de l’augmentation de ce type d’accouchement. Plusieurs autres facteurs en sont responsables.

Le poids des mères et des bébés

Selon la Dre Diane Francoeur, l’augmentation des césariennes au Québec est due à la capacité des femmes à porter et mettre au monde leur enfant. Elle souligne que de nos jours, les mères et leur bébé prennent plus de poids qu’auparavant. Les cas d’obésité sont plus fréquents et ce facteur joue un rôle déterminant dans l’augmentation du taux de césariennes.

L’âge des mères

Au Québec, une des raisons expliquant l’augmentation des césariennes réside aussi dans le fait que les femmes ont leur premier enfant de plus en plus tard. Selon l’Institut de la statistique du Québec, l’âge moyen aujourd’hui est de 29 ans, contrairement à 26 ans en 1990. L’âge des mères a un véritable impact sur les risques de complications d’un accouchement, de ce fait, les césariennes sont portées à augmenter.

Les bébés éprouvette  

La hausse du taux de césarienne s’explique également par le développement de la procréation assistée. Les femmes qui y ont recours vivent plus souvent des grossesses multiples qui demandent en général une césarienne.

La présentation de siège 

La présentation par le siège chez certains foetus représente un autre facteur. Ils naissent presque toujours par césarienne. Dr Robert Gagnon, du Centre universitaire de santé McGill, soutient toutefois que l’accouchement du siège par voie vaginale constitue une option sécuritaire. Selon lui, les médecins devraient être en mesure d’offrir aux femmes le choix de tenter un accouchement par voie basse plutôt que d’opter pour une césarienne automatiquement.

Les progrès médicaux

Les progrès médicaux et la technologie d’aujourd’hui jouent également un rôle dans cette hausse. À titre d’exemple, les médecins ont maintenant accès à un monitorage fœtal qui permet un suivi plus étroit des bébés. « Dès qu’on voit que quelque chose ne marche pas, on va plus rapidement en césarienne », souligne Dre Diane Francoeur.

Les seconds accouchements après césarienne 

Parmi les facteurs qui expliquent l’accroissement du nombre de césariennes, on dénote qu’une majorité de femmes ayant subi une première césarienne ne tenteront pas un accouchement vaginal par la suite. En effet, il existe bel et bien un risque de rupture de l’utérus, un danger que plusieurs souhaitent éviter. Cependant, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada rappelle qu’un accouchement vaginal après une césarienne (AVAC) est possible et apporte de nombreux bienfaits. Bien sûr, des critères précis doivent être respectés. La sécurité de la mère et de l’enfant à naitre sont toujours mis à l’avant plan.

Une intervention plus rapide des médecins

Certains médecins préfèrent les risques de la césarienne aux risques d’un accouchement par voie vaginale qui tourne mal. Lorsque la future mère est fatiguée et que l’accouchement se déroule très lentement, certains médecins interviendraient plus rapidement en suggérant à la mère une césarienne s’il y a des risques pour le bébé.

La crainte médico-légale des médecins 

Selon Dre Diane Francoeur, depuis plusieurs années, la peur des poursuites guide de plus en plus les actes médicaux des gynécologues. Ils craignent des poursuites dans le cas où ils refusent la demande d’une patiente qui désire avoir une césarienne et que l’accouchement par voie vaginale se gâte et entraine des complications chez le bébé. C’est dans de telles circonstances que par prudence, de plus en plus d’obstétriciens ont recours à la césarienne. 

 

En se fiant aux statistiques, on serait tentés de répondre que oui, trop de césariennes sont pratiquées, mais il faut s’attarder au portrait global de la situation. Chose certaine, il est maintenant recommandé aux médecins de privilégier un accouchement naturel, même s’il s’agit d’un accouchement après une césarienne. Évidemment, en aucun cas, il ne faut lésiner sur la sécurité de la mère et de l’enfant à naitre. Toutefois, il faut se rappeler que bien que douloureux, l’accouchement par voie vaginale comporte bien plus d’avantages que la césarienne.

Sabrina Hammoum, rédactrice Canal Vie


 

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