Perdre un enfant avant sa naissance…

Auteur
Nadine Descheneaux

Une grossesse est supposée être un heureux événement, pourtant il arrive qu’elle se termine par un deuil périnatal. Perdre un enfant avant même sa naissance est une difficile épreuve. Voici l’histoire de Marie-Ève et son petit ange

En février 2003, Marie-Ève a 24 ans et apprend qu’elle est enceinte pour la deuxième fois. Déjà maman de Maël, 10 mois, Marie-Ève vit une belle grossesse. En décembre, elle aura un fils. «Tout se déroule bien, aucun problème à l’horizon. Nous déménageons même dans notre nouvelle maison et je trouve un nouveau travail à cinq mois de grossesse», raconte-t-elle. Quand on est enceinte pour une deuxième fois, on est habituellement moins stressée. On nage en terrain connu, mais toute cette quiétude allait disparaître en toute fin de grossesse. Juste au moment où habituellement on met la main aux derniers préparatifs.

«Le vendredi 21 novembre, à 37 semaines et demi de grossesse,  j’ai mon rendez-vous de routine chez ma gynécologue.  Lors de l’examen, le petit coeur de Fabrice est à 100 battements par minute ce qui est trop bas. Mon médecin décide alors de me faire un monitoring à l’hôpital de Saint-Jérôme. Tout semble être ok pendant environ deux heures et on me retourne chez moi. Pourtant, dans ma tête, je ne trouve pas ça normal que mon bébé ne bouge presque pas», explique-t-elle. Pendant la fin de semaine, Marie-Ève a mal au ventre et ne se sent pas bien. De plus, elle ne sent pas bouger beaucoup son bébé. «On m’avait déjà dit qu’à la fin de la grossesse, les bébés n’ont pas  beaucoup de place et donc bougent moins. Et puis, comme j’ai des contractions, je m’inquiète moins. Ce fut une grosse erreur de ma part!», dit-elle. Le mardi suivant, l’inquiétude grimpe. Marie-Ève ne sent pas son bébé bouger. «J’ai appelé la maternité de l’hôpital. On m’a demandé de venir question de me rassurer.» Aussitôt dit, aussitôt fait.

C’est là que le cauchemar débute. «On m’installe pour essayer d’entendre le cœur, mais on n’entend rien. Rien du tout! Pas de battement!» L’angoisse pour le couple. Même si on tente de les rassurer, rien n’y fait. Marie-Ève attend une trentaine de minutes avant de pouvoir passer une échographie, la médecin étant retenu en salle d’opération. L’attente est difficile. Puis, à l’échographie tombe le verdict final. «La médecin nous a dit « Vous voyez ce point? C’est le coeur et il ne bat plus. » Elle a dit ces paroles d’un ton tellement léger que j’aurais voulu la frapper. Je me mets à pleurer, c’est tellement l’enfer. Le médecin aurait aimé vérifier le cordon, mais je ne lui en laisse pas le temps. Je ne peux tout simplement plus m’allonger. Je pleure, c’est tout!  C’est fini! Fabrice est mort.»

Malgré le choc et la peine, Marie-Ève doit retourner chez elle pour la nuit et revenir le lendemain matin à 8h. Incapable de rejoindre son père, le soir c’est le matin que Marie-Ève lui parle. «C’était la première fois que j’entendais mon père pleurer depuis la mort de ma mère.»  Ensuite, le temps d’aller déposer Maël à la garderie puis Marie-Ève et son conjoint arrivent à l’hôpital pour 8h. « On déclenche l’accouchement et on me fait un nombre élevé de prises de sang. J’avais hâte d’avoir la péridural. Souffrir ainsi n’était pas normal. Vers 14h10, après plus de six heures de travail, je suis toujours dilatée à 8, mais je sens que le bébé a descendu. Cinq minutes plus tard, je suis à 10 cm et en trois poussées, Fabrice est là.»

Que d’émotions! «Il est né à 14h22, le 26 novembre 2003. Il est beau! Il a les mêmes cheveux noirs que moi à ma naissance. Il est si petit. Il ne pèse que 5 livres et 14 onces, mais il est grand. Je l’ai bercé. On a fait deux photos de lui que l’on garde à la maison.»

Après l’accouchement, Marie-Ève est restée une nuit et un jour à l’hôpital. «Entendre les autres bébés pleurer était très difficile. En plus, l’infirmière ne voulait pas que je ferme la porte. J’ai pu reprendre mon bébé une dernière fois. J’ai eu de la visite, mais personne n’a vu Fabrice. Je le regrette, après coup. Car quelques mois plus tard, on en vient à se demander s’il est vraiment venu dans nos vies. Personne ne t’en parle, car pour les autres il n’a pas existé.»

Ensuite, il y a eu toutes les démarches pour la disposition du corps. Pour Marie-Ève, il était bien étrange de signer toute cette paperasse. «Tu fais les démarches en te disant « Ce n’est pas ça que je devrais faire. Je devrais bercer mon tout petit et non l’enterrer. » On a choisi de faire une petite cérémonie des anges à l’église puis de le faire incinérer. Au printemps, on a mis ses cendres en terre au côté de ma mère.»

Finalement, on ne ressort pas d’un coup de cette épreuve. Les pourquoi sont nombreux, la culpabilité aussi. «Pendant quelques temps, je suis complètement défaite. Je ne fais plus rien. C’est mon conjoint qui s’occupe de moi et de notre fils. Je lui en veux énormément de ne pas ressentir les mêmes choses que moi. Mais on ne saura jamais ce qui est arrivé. Même le rapport d’autopsie ne nous donne pas de réponse. Fabrice n’avait rien. Mais il est mort… C’est difficile à accepter de vivre sans réponse.»

Un an plus tard, Marie-Ève va mieux sans rien n’oublier évidemment. «On ne peut jamais oublier», mentionne-t-elle. En octobre 2005, elle accouche d’une belle puce en santé. «Durant ma grossesse, j’ai eu peur. J’angoissais facilement, mais j’ai été très suivie et tout c’est bien passé!»  En 2008, la famille s’agrandit encore et Marie-Ève devient maman d’une autre belle fille. Toutefois, à la fin de 2010, Marie-Ève et son conjoint se séparent. «La perte d’un enfant est difficile pour le couple, soit ça le rend plus fort, soit ça le déchire. On ne vit pas les mêmes émotions en même temps. Souvent l’homme est plus fort au début quand la mère est à terre et après c’est lui qui tombe», note-t-elle.

Marie-Ève est retourné vivre auprès de sa famille dans la région de Thetford Mines. «Il n’y a pas une journée où je ne pense à Fabrice. Sauf que maintenant, j’ai accepté qu’il soit passé trop vite dans ma vie. Il m’a fait évoluer. À travers lui,  j’ai pu faire le deuil de ma mère et en parler. À la maison, on parle encore de lui. Je me dis qu’il nous protège de là-haut.» Cette épreuve, Marie-Ève l’a traversée, mais pas seule. «Quand on revient de l’hôpital les bras vides, c’est le choc, le néant, plus rien ne va. On pleure, on s’accuse, on accuse les autres. Mais parce que j’avais un garçon de 18 mois, je devais me remettre à vivre pour lui et m’en occuper. J’ai eu l’aide d’une infirmière spécialisée en deuil périnatal que j’ai rencontrée individuellement. Je suis aussi allée à des rencontres dans un groupe de soutien «Mes anges» et via le site internet «Nos petits anges au paradis», j’ai rencontré d’autres parents endeuillés. Grâce à tout ça, je me suis sentie comprise. J’étais épaulée. Avec ma famille, je pouvais en parler, mais personne ne pouvait savoir comment je me sentais vraiment. Ils ont fait des mauvais pas qui m’ont blessée, sans le savoir. Je ne leur en veux pas. Ce qui était le mieux pour moi, c’était simplement me serrer dans leurs bras et m’écouter sans rien dire.»

Dix ans ont passé.  Marie-Ève n’a rien oublié. Mais quand l’occasion arrive, elle aide les parents endeuillés à traverser cette épreuve. Elle l’a fait avec son cousin qui a vécu ce drame en 2011. Elle le fait présentement en nous livrant son histoire.

** Notez que la Fête des Anges a été créée en 2003 par une «mamange» – une maman qui a perdu un enfant – et est maintenant célébrée un peu partout au Québec et en Europe afin de briser l’isolement des parents endeuillés. Chaque année, la fête des anges est organisée la fin de semaine le plus près du 15 octobre, Journée internationale de sensibilisation au deuil périnatal. Lors de cette journée, il y aura une petite cérémonie, des témoignages ainsi qu’une envolée de ballon. Pour conclure la journée un petit goûter permet aux gens de discuter et d’échanger sur leur deuil. Pour connaître tous les endroits où est organisé ce rassemblement, vous pouvez visiter le site ou encore leur page Facebook.
 

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