Le don d'ovules et de sperme

Le don d'ovules et de sperme

Le don d’ovules et de sperme transforme la vie de ceux qui, pour une raison ou une autre, ne peuvent concevoir un enfant naturellement. Au Canada, on estime que près de 16 % des couples sont touchés par un problème d’infertilité. De plus en plus de personnes font appel aux technologies de procréation assistée. Dans certains cas, on doit avoir recours à l’utilisation de gamètes (cellules reproductrices) qui proviennent de banques de donneurs. Malheureusement, ces banques sont presque vides. Si vous avez déjà pensé faire un don d’ovules ou de sperme, voici ce qu’il faut savoir.

Pourquoi faire un tel don?

S’il est devenu normal de donner du sang, pourquoi ne l’est-il pas pour les dons de sperme ou d’ovules?

Probablement, car ces dons nous touchent d’une façon particulière. C’est un peu comme donner une partie de soi. C’est savoir qu’un petit être existera avec le même ADN que soi, sans qu’on le connaisse et qu’il nous connaisse. Malgré tout, ces dons s’avèrent d’une importance cruciale pour de nombreux individus qui rêvent de tenir, un jour, leur bébé dans leurs bras. La réflexion devrait pouvoir s’apparenter à celle du don de moelle épinière ou d’organes.

Bref, vous pouvez avoir envie de faire un tel don parce que vous êtes sensible à la cause de l’infertilité. Vous aimeriez aider des gens pour qu’ils vivent à leur tour les joies d’être parent. Il est également possible que vous connaissiez quelqu’un qui souffre d’un problème de fertilité et vous aimeriez l’aider. Il s’agit d’un geste totalement altruiste qui est tout à fait louable.

Le don de sperme

Le processus de sélection des donneurs est rigoureux et comporte plusieurs étapes : rencontre informative, présélection et bilan de santé complet qui inclut plusieurs tests tels que le spermogramme et le dépistage des infections transmises sexuellement (ITS). Ces tests sont essentiels pour s’assurer de la qualité du sperme.

Selon la clinique de fertilité, les critères varieront légèrement. De façon générale, le donneur doit être âgé entre 18 et 40 ans et ne doit avoir aucun antécédent de maladies graves ou héréditaires.

Le don d’ovules

Le don d’ovules est plus rare en raison de sa complexité. La présélection est similaire à celle du don de sperme (entrevues, questionnaires et examens médicaux de base). La donneuse doit être âgée entre 21 et 34 ans.

Les techniques de fécondation in vitro (FIV) sont alors utilisées. L’ovule sera donc mis en contact, en laboratoire, avec le sperme du conjoint de la receveuse. S’il y a fécondation, l’embryon sera ensuite transféré dans l’utérus de la receveuse.  

Il est possible de donner l’unique ovule que l’on produit naturellement chaque mois, mais le traitement risque davantage d’être un succès s’il y en a plusieurs qui peuvent être fécondés en même temps. Pour ce faire, les donneuses devront prendre des médicaments afin de stimuler la production ovarienne et ainsi pouvoir offrir le plus grand nombre d’ovules possibles. Certaines femmes possèdent cependant des ovaires polykystiques, c’est-à-dire qu’elles produisent plusieurs ovules en même temps. Ces dernières ne nécessiteront aucun médicament.

Il faut prévoir entre 4 et 5 visites pour l’ensemble des traitements et du don. Bien que le prélèvement en tant que tel ne dure qu’environ 20 minutes, il est préférable de prévoir une journée complète de congé, puisqu’il a lieu avec sous sédation.

Lorsque cela est possible, les ovules recueillis sont donnés à deux patientes différentes pour maximiser les chances de réussite. Cependant, vous n’en connaitrez jamais le résultat. Vous ne pourrez jamais savoir si un enfant est né grâce à vous, à moins que le don soit fait à une personne de votre entourage.

Pour en savoir davantage sur les donneuses et receveuses, consultez le guide réalisé par le Centre universitaire de santé McGill.

Le cadre légal

Depuis 2004, la loi fédérale sur la procréation assistée interdit de payer les donneurs de sperme et d’ovules. La loi autorise cependant les cliniques à dédommager les donneurs pour leurs déplacements, sur présentation d’un reçu. Ce montant varie d’un endroit à l’autre. Depuis l’adoption de cette loi, une baisse notable du nombre de donneurs a été constatée.

Autre point important, au Canada, le don de gamètes est anonyme. De plus, le Code civil du Québec ne reconnait aucune responsabilité ni aucun droit de parenté envers l’enfant conçu à partir de don.

La législation tend toutefois à changer. Actuellement, les banques de sperme et d’ovules au Canada sont pratiquement vides. Inévitablement, les gens se tournent vers les États-Unis ou d’autres pays pour obtenir ce type de don. Les médias sociaux sont aussi utilisés et tranquillement on voit même apparaitre des applications pour trouver un donneur. Il s’avère néanmoins essentiel que les cliniques ou les centres hospitaliers soient impliqués dans le processus.  

Pour toutes ces raisons, différents acteurs sur la scène politique, tels que le député fédéral Anthony Housefather de Mont-Royal, travaillent sur ce dossier afin de mieux encadrer ces nouvelles pratiques. À cet effet, un projet de loi a été déposé au printemps 2018.

Des considérations éthiques 

Pour toute procédure qui touche la vie humaine, il est sain de réfléchir aux questions d’éthique qu’elle soulève. Voici les deux principaux points qui suscitent le plus de débats.

L’anonymat

Plusieurs intervenants remettent en question l’anonymat et demandent s’il est souhaitable de couper l’enfant à naitre de sa filiation biologique.  

La rémunération

L’interdiction de la rémunération imposée par la loi fédérale est liée à une question éthique cruciale : la commercialisation de matériel reproductif humain. De plus, si une telle rémunération était permise, il faudrait alors évaluer la possibilité de rémunérer les autres types de dons. Sommes-nous prêts à rémunérer les donneurs de sang? De moelle épinière? D’organes? Et comment en évaluer la valeur?

 

Pour obtenir plus d’information sur les dons d’ovules et de sperme, vous pouvez parler à votre médecin ou contacter une clinique de fertilité affiliée à un centre hospitalier ou une clinique de fertilité privée.

Caroline Bouffard et Cynthia Brunet, rédactrices Canal Vie

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