Le déni de grossesse

Le déni de grossesse

Le déni de grossesse est un phénomène encore peu connu. Déjà, son nom est trompeur. Il donne l'impression que la future mère nie volontairement sa situation. On a aussi beaucoup de préjugés quant à ces histoires de femmes qui se rendent compte qu'elles sont enceintes au moment d'accoucher. Des tarées? Des femmes obèses qui ne s'aperçoivent pas des changements de leur corps? Rien n'est plus faux.

Qu'est-ce que le déni de grossesse?

C'est un phénomène qui fait qu'une femme enceinte ignore tout de sa situation. Elle ne la nie donc pas consciemment. En fait, il n'y a aucun signe qui puisse lui laisser croire qu'elle soit enceinte. En effet, pour des raisons encore mal comprises, le corps « cache » la grossesse : la femme ne ressent aucun symptôme, elle a ses règles et prend très peu de poids. Dans la moitié des cas, on parle de déni partiel quand le déni prend fin avant l'accouchement (à la suite d'un examen médical où la grossesse est diagnostiquée). Le déni complet, c'est-à-dire lorsque la grossesse est découverte au moment de l'accouchement, constitue l'autre moitié.

Quand la grossesse est découverte en cours de route, en quelques jours le corps se transforme et le ventre s'arrondit. Le bébé, qui jusqu'à maintenant s'était développé le long de la colonne de sa mère, reprend une position normale dans un utérus qui bascule enfin.

Pourquoi un déni de grossesse?

Le phénomène commence à peine à être pris au sérieux et à être étudié et n'est pas encore vraiment reconnu par le corps médical. Une des raisons qui expliquent cela, c'est que les femmes qui souffrent de déni ne consultent pas puisqu'elles n'ont justement aucune raison physique de le faire.

Les études sont peu nombreuses, mais elles révèlent toutes la même chose : il n'y a pas de profil type de la femme qui vit un déni. Le déni touche des femmes de tous les groupes d'âge, de toutes les classes sociales, de toutes les formes, peu importe leur poids. Dans une étude réalisée en France, près de la moitié des femmes avaient déjà eu un ou deux enfants avant de vivre un déni de grossesse.

On ne parvient pas encore à expliquer pourquoi le corps fait appel à ce mécanisme. Les raisons semblent pour le moment être aussi nombreuses que les cas : crainte de tomber enceinte à la suite d'une fausse-couche mal vécue, désir d'enfant, mais absence de désir de grossesse, situation familiale non favorable à l'arrivée d'un enfant...

Est-ce dangereux?

Le déni de grossesse ne met pas en danger la vie de la mère ou de l'enfant pendant la grossesse. Les risques arrivent au moment de l'accouchement, dans les cas de déni total. Il n'est pas rare que la femme accouche seule, sans assistance médicale.

On commence à faire des liens entre certains infanticides et le déni de grossesse. On peut penser aux cas de nouveau-nés retrouvés abandonnés dans la nature ou dans les ordures. Ces femmes, qui subissent le double choc d'accoucher sans se savoir enceinte et d'accueillir un bébé qui semble sans vie (l'enfant est bleu ou ne respire pas encore), se débarrassent de l'enfant sans comprendre ce qui leur est arrivé. Mais, règle générale, les enfants nés dans ces circonstances sont aimés et accueillis dans leur famille. On ne dénote d'ailleurs pas plus d'abandons d'enfant dans les cas de déni de grossesse que dans les grossesses dites normales.

Les autres dangers sont d'ordre psychologique. La femme qui accouche alors qu'elle ne se savait pas enceinte vit un choc énorme. Non seulement doit-elle tenter de comprendre ce qui lui est arrivé, mais elle doit aussi affronter les jugements de son entourage. Certaines femmes sont laissées par leur conjoint qui ne les croit pas.

Même quand le conjoint et l'entourage réagissent bien, la femme vit une énorme culpabilité. Celle d'être passée à côté d'une étape importante dans sa vie et celle de l'enfant.

Heureusement, on parle de plus en plus de ce phénomène qu'on commence à étudier et tenter de comprendre. Souhaitons que d'ici quelques années, le déni soit enseigné aux futurs psychologues, mais surtout, aux futurs médecins.

Caroline Bouffard, rédactrice Canal Vie

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