Une société pour les filles?

La femme occupe une place importante dans la société, notamment en raison de sa présence sur le marché du travail et sa participation dans la prise de décisions. Elle est révolue l’époque où l’on présentait des femmes dévouées, dans l’ombre des hommes. La femme est forte, elle s’exprime, et cela se ressent à la télévision comme dans la vie. La société pose également un regard plus critique sur les hommes, ce qui était peu fréquent auparavant.

Il n’y a pas si longtemps, les enfants pouvaient se chamailler pour le plaisir. Aujourd’hui, à la garderie comme à l’école, les jeux calmes, la discussion, la non-violence sont favorisés. Les jeunes doivent rester sagement en rang, ne pas courir, ne pas parler fort. Or, les filles répondent mieux à ces comportements et attitudes de conformité. À long terme, cette situation ne favoriserait-elle pas la réussite des femmes?

En milieu éducatif et scolaire

Il est vrai que les milieux éducatifs sont régis et favorisent le calme. Toutefois, le fait que les écoles désirent avoir des élèves attentifs et travaillants n’est pas nouveau. D’ailleurs, tous les enfants ont besoin d’avoir des limites et d’évoluer dans un milieu sécuritaire. Par contre, il est prouvé que garçons comme filles doivent bouger pour être mieux disposés à l’apprentissage.

Dans les CPE, les éducateurs tentent d’être à l’écoute des besoins des jeunes et, pour s’adapter à tous, ils alternent les séances d’activités motrices et de jeux calmes. À l’école, malgré la diminution des séances sportives sur les heures de cours, les enseignants explorent plusieurs moyens pour motiver leurs élèves. Entre autres, ils intègrent du travail par projets et en groupe, ce qui permet aux jeunes de bouger davantage que s’ils devaient, comme autrefois, travailler seul pendant plusieurs heures sur des exercices. Ceci est bénéfique pour les garçons, mais aussi pour les élèves en difficulté (rapidement en surcharge cognitive), car le fait de s’activer aide leur apprentissage.

Le système scolaire n’est pas conçu pour avantager les filles, toutefois, il n’est pas adapté pour certains styles d’élèves présentant certaines difficultés d’apprentissage, et ce, fille comme garçon. Par contre, les garçons sont plus nombreux à présenter des troubles spécifiques de développement. Par exemple, le ratio dans les écoles ressemble plus à une fille pour huit garçons dans les classes de communication (langage, dyspraxie, dysphasie). De plus, la motivation des élèves (surtout des garçons) est un défi est de taille pour les enseignants, puisque le garçon, moins mature que la fille du même âge, s’engage plus difficilement.

Les règles

En CPE ou à l’école, les règles sont surtout dictées par des femmes puisque celles-ci sont fortement majoritaires à intervenir dans ces milieux. Est-ce que les femmes sont plus intolérantes? Est-ce que les hommes accepteraient plus facilement le comportement désorganisé des garçons? Une présence masculine plus grande serait surement bénéfique pour tous.

Pour garder l’équilibre entre garçons et filles, il faut :

- Faire sentir aux garçons qu’ils ont le droit de jouer, qu’ils peuvent être eux-mêmes.
- Permettre aux jeunes de bouger davantage.
- Créer un lien d’attachement fort avec tous les enfants. Cela les pousse à faire des efforts et les amène à accepter davantage les encouragements.
- Varier les stratégies d’enseignement afin d’intervenir plus efficacement auprès des élèves et leur donner des outils pour surmonter leurs difficultés.

Les écarts entre les résultats scolaires des filles et des garçons?

Lorsqu’on s’adresse aux garçons, leur réussite est souvent associée à leur intelligence, alors que pour les filles, c’est le travail. Un garçon qui ne réussit pas bien peut donc se décourager et penser qu’il ne sert à rien d’essayer, puisque de toute façon, il n’est pas suffisamment intelligent. Évidemment, cela peut provoquer la démotivation, la perte de l’estime personnelle, le décrochage scolaire, voire le suicide.

Les filles quant à elles, arrivent à garder l’espoir de la réussite, puisqu’elles croient qu’en mettant davantage d’efforts, elles vont y arriver. Pourtant, la réussite par le travail est accessible autant aux garçons qu’aux filles. Il serait donc intéressant de porter une attention particulière à notre façon de s’adresser aux jeunes. De plus, les garçons comme les filles en difficultés d’apprentissage ont souvent de grandes carences affectives.

Souffrance des jeunes

Les problèmes de comportement des garçons sont plus visibles et extériorisés. Est-ce dire qu’ils souffrent plus? Les filles sont plus conformistes que les garçons et semblent mieux s’adapter et contrôler leurs réactions lorsqu’elles éprouvent des difficultés, mais elles ne sont pas nécessairement épargnées, car leurs problèmes peuvent apparaître tardivement. Par contre, lorsqu’elles souffrent, les filles arrivent plus facilement à montrer leur vulnérabilité et elles sont plus à l’aise de recevoir de l’aide alors que les garçons ont du mal à accepter leurs difficultés et  à demander du support. L’époque où l’homme devait être fort, courageux et ne devait pas s’épancher sur ses émotions et blessures n’est pas si lointaine.

Évidemment, certains hommes osent maintenant exprimer leur détresse, mais peut-être se sentiraient-ils plus à l’aise s’ils pouvaient se faire aider par des hommes? Les organismes qui répondent aux besoins des femmes sont souvent créés et dirigés par des femmes. Malgré tout, il est clair que les hommes sont, aujourd’hui, beaucoup mieux outillés que les générations précédentes.

Suicide

Au Québec, le taux de suicide est quatre fois plus élevé chez les garçons. Rien ne prouve que leur intégration dans la société joue un rôle, mais un décrocheur scolaire présente plus de risques de devenir un décrocheur social.

Plus importants facteurs de suicide chez les garçons :

  • Plus grande impulsivité agressive;

  • Plus forte propension à l’abus d’alcool et de drogues.

Quelques organismes d’aide aux hommes

- Refuge des jeunes de Montréal 
- Maison du Pharillon
- L’Entraide pour hommes de Montréal
- Service d’aide aux conjoints SAC
- Réseau Hommes Québec RHQ
- Maison Oxygène
- Association des pères gais de Montréal APGM
- Centre de ressources et d’intervention pour hommes abusés sexuellement dans leur enfance CRIPHASE
- Comité d’actions Paternelles et Parentales CAPP


La rédaction de ce texte fut possible grâce à la collaboration de Catherine Martin, enseignante au primaire.

Marie-Christine St-Hilaire, rédactrice Canal Vie

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