Un enfant qui mange peu

Auteur
Geneviève Harbec

Le fils de Caroline a 3 ans, il est très sélectif dans ce qu'il mange. Caroline aimerait connaître quelques trucs pour l'aider à élargir ses horizons et à manger de nouveaux aliments.

Bonjour Caroline,

J'ai bien quelques suggestions pour aider les enfants à prendre plaisir à découvrir de nouveaux aliments. J'utilise moi-même plusieurs de ces trucs avec ma famille, les autres sont inspirés des articles en référence un peu plus bas. Dans la variété des suggestions, il n'y a rien qui fera un miracle, c'est aussi une question de constance,  de persévérance et d'attitude. Il vous reviendra de les choisir et de les adapter selon la réalité de votre famille et la personnalité de vos enfants.

La première chose que je trouve importante est de garder une ambiance positive et détendue face à la nourriture et au moment du repas. Les discussions désagréables et tendues sont à éviter à table. Comme l'appétit des enfants est très variable, l'objectif est d'apprendre à l'enfant à respecter son appétit plutôt que de viser une quantité de nourriture spécifique que vous pensez qu'il doit manger. Savoir s'arrêter de manger quand on n'a plus faim est utile pour toujours et aide à maintenir un poids santé.  Vous pouvez servir de petites portions, ça diminue le gaspillage et c'est souvent moins décourageant pour les petits, vous ne serez que plus heureuse de les resservir s'ils ont encore faim.

Pour favoriser l'appétit aux repas, il vaut mieux ne rien manger au moins 1 heure avant. Vous pouvez aussi porter une attention particulière à ce que l'enfant boit avant et durant les repas. La prise de liquide diminue la faim, mais pour une courte période.  L'enfant n'a alors pas faim pour son repas, mais vous réclame une collation une trentaine de minutes plus tard.

Il faut garder une vision globale de ce que les enfants mangent sur quelques jours plutôt que de regarder un seul repas. C'est très personnel, mais je n'apprécie pas de compter de nombre de bouchées à manger, surtout si c'est pour offrir le dessert en récompense, ce qui est à éviter. C'est triste de voir certains enfants demander, d'un air découragé, combien de bouchées ils doivent manger avant même d'être à table et de savoir ce qu'on mange; même ceux qui avaient faim n'ont plus le goût d'être à table. Bien sûr, il faut rester logique, si on n'a plus faim, on ne se lance pas dans les sucreries pour le dessert.

On peut opter pour des fruits ou du yogourt comme dessert ou collation si on choisit d'en offrir.

Partager et découvrir ensemble

Au départ, l'objectif est d'amener l'enfant à goûter. Je me répète peut-être, mais on peut offrir et faire goûter un nouvel aliment une bonne dizaine de fois avant qu'un enfant l'adopte. Quand on découvre, je dirais que tous les petits succès comptent, une seule bouchée, c'est déjà bien mieux que ne pas goûter du tout. Vous pouvez dire à votre enfant que vous lui demandez de goûter une fois, mais qu'il n'est pas obligé d'aimer ça tout de suite. Au moins, il essaie, il mérite donc toutes vos félicitations.

Vous êtes un modèle pour votre enfant, donc tout ce que vous faites en lien avec votre alimentation est aussi important que ce que vous dites. Dans l'esprit de la découverte, vous pouvez intégrer de nouveaux aliments que vous apprenez aussi à connaître. Vous pouvez partager un fruit exotique, préparer un nouveau poisson ou légume. Ne vous gênez pas pour lui dire que c'est nouveau pour vous aussi, il verra peut-être que vous serez surprise de cette nouvelle saveur. Encore une fois, personne n'est obligé d'aimer du premier coup.

Beaucoup de gens ont une aversion importante pour au moins un aliment. Je ne crois pas qu'on puisse tout aimer, tout comme je ne crois pas qu'on ne puisse rien aimer. J'ai fait un compromis avec mes enfants, je leur ai permis de me nommer un aliment qu'ils n'aiment vraiment pas. Ils savent que pour cet aliment, je n'insiste pas, je leur sers le moins possible et je n'essaie pas de leur en « passer en douce », par compte, pour le reste je leur demande de goûter.

Il vaut mieux prioriser ses énergies, si je peux dire. Parfois, les enfants rejettent des aliments qui sont peu nutritifs. Pourquoi essayer de changer la situation? Il m'est arrivé d'entendre des parents dans les restos fast food (eh oui, nous y allons parfois!) supplier leur enfant de manger plus de frites ou de hot-dog. Je ne peux alors m'empêcher de sourire, car pour moi, il y des aliments qu'on est jamais obligé de manger. Pendant longtemps, mon fils n'a mangé aucune charcuterie, je dois avouer que j'aurais parfois trouvé pratique pour de pouvoir lui faire un sandwich vite fait. Cependant, quand on y pense, on peut très bien se passer des charcuteries qui sont souvent riches en gras, en sel et en nitrites.

Votre question a suscité une grande variété de suggestions et d'approches.

Impliquer, offrir des choix et informer

Ce que j'aime faire avec les enfants, c'est les impliquer dans la préparation des repas. Ça ne fonctionne pas à chaque fois, mais les enfants mangent souvent mieux s'ils ont aidé à cuisiner le repas. Comme votre fils à 3 ans, il y a une question de sécurité dont il faut tenir compte, un deuxième adulte peut superviser si c'est possible, ou vous pouvez choisir des recettes simples dans lesquelles il n'y a pas de risque de brûlures. Les muffins et les crêpes de la fin de semaine peuvent être un bon point de départ.  En cette période d'été, vous pouvez faire vos propres sucettes glacées, quelques fruits et du yogourt dans le mélangeur font une bonne base.

Les soupes et potages maison sont souvent appréciés des plus petits, on peut varier une recette de base à l'infini. Les enfants peuvent choisir les légumes, mais aussi différentes sortes de lentilles ou de haricots ou la forme des petites pâtes qu'on peut ajouter (mon fils a longtemps cru qu'il avait inventé la minestrone en faisant ces petits choix). Les potages avec des mélanges de légumes et de fruits offrent un petit côté sucré souvent apprécié des plus jeunes, navet et pomme en est un exemple.

Je m'assure toujours que les soupes que je prépare sont des soupes-repas : elles contiennent donc une source de protéine. Il est rare que mes enfants aient la patience et l'appétit pour manger la soupe et un repas par la suite.  Pour un potage, l'ajout de lentilles rouges (aussi appelées corail) apporte protéines et fibres sans attirer l'attention. Vous trouverez peut-être utile de faire les potages destinés aux enfants plus épais qu'à l'habitude, et les soupes bien consistantes, ils sont alors plus faciles à manger.
Si vous le pouvez, amenez votre petit à l'épicerie. Il pourra choisir des légumes et des fruits lui-même. Vous pouvez acheter de petites quantités, ou lui donner le choix entre quelques options que vous trouvez acceptables. Au moment de faire la liste d'épicerie, profitez-en pour leur demander ce qu'ils ont envie de manger dans la semaine qui vient.

Au début, vous n'aurez peut-être pas beaucoup de réponses, mais avec le temps, ça viendra.

Vous pouvez aussi expliquer aux enfants, en mots simples, en quoi les aliments qu'ils mangent sont bons pour eux : cela les informe et les motive parfois à bien manger. À l'âge où on rêve d'être un super héros ou une fée, la plupart des enfants ont à coeur d'être en santé, forts et rapides. Par exemple, les produits laitiers donnent des dents et des os forts. Les légumes et les fruits offrent des vitamines pour être en bonne santé, et aident le transit intestinal (si votre enfant a vécu ne serait-ce qu'un seul désagréable épisode de constipation, il sera intéressé de le savoir), tout comme les produits céréaliers à grains entiers. Les poissons, viandes et légumineuses (source de protéines) permettent de construire des muscles forts. Les pâtes et les produits céréaliers à grains entiers fournissent aussi de l'énergie, pour courir vite, jouer dehors, etc. Vous pouvez aussi leur parler des aliments riches en gras, en sucre et en sel que l'on peut qualifier de gâteries et qu'on ne s'offre qu'à l'occasion.

Voici la dernière partie des suggestions pour aider votre fils à bien manger.

Porter une attention particulière aux textures

Un de mes professeurs de nutrition à l'université faisait remarquer aux étudiants que, et ça peut paraître très évident, les enfants ont une petite bouche et bien moins de dents que les adultes.

Pourquoi est-ce important?

Les enfants se fatiguent assez rapidement de mastiquer, ils sont aussi très sensibles aux textures. Vous n'avez qu'à penser à la texture des aliments offerts dans les fast food préférés des enfants : très uniforme, parfois presque élastique, rien qui fasse trop travailler les petites mâchoires, en plus d'être riche en gras en sel et en sucre.
 

  • À la maison, les légumes et les fruits coupés en petits morceaux sont beaucoup moins décourageants. J'ai changé ma façon de faire les sautés quand je me suis rendu compte que les belles lanières de légumes restaient au fond du bol de mes enfants, rendus là, ils n'avaient plus la patience de s'y attaquer. Maintenant, je coupe tout en petits dés, c'est moins beau, mais ils mangent de tout.
  • Pour beaucoup de fruits et légumes, l'idéal est de manger la pelure, mais pour les plus petits, ça peut être un défi, ou même un risque d'étouffement. Selon l'âge de l'enfant, on peut faire un compromis en épluchant une partie de la pelure, tout en expliquant que la pelure est très bonne pour la santé et que vous allez progressivement en laisser de plus en plus.
  • Les viandes marinées sont plus goûteuses et surtout plus tendres, elles sont donc souvent plus populaires auprès des petits, surtout si vous prenez soins de les couper en très petits morceaux.
  • Certains aliments ont une texture assez facile à mastiquer et peuvent être appréciés des enfants malgré ce qu'on pourrait penser, il suffit de bien les assaisonner. C'est le cas de certains poissons comme le tilapia ou le saumon. Les légumineuses, lentilles, haricots et pois chiches sont aussi faciles d'approche.
  • Parfois, la température des aliments entre en ligne de compte, les enfants préfèrent souvent manger leurs plats beaucoup moins chauds que les adultes. Ils peuvent refuser de manger pour cette simple raison. On peut attendre un peu, passer l'assiette quelques secondes au congélateur, ma cousine mettait même un glaçon dans sa soupe!

Quelques autres suggestions pour terminer

Toujours avec l'objectif de rendre le moment du repas agréable, vous pouvez utiliser de la vaisselle ou des ustensiles colorés, les baguettes ou les cuillères asiatiques pour enfants peuvent susciter de l'intérêt, par exemple.  Si vos enfants ont le tempérament artistique, ils peuvent décorer leur propre bol ou tasse dans certaines boutiques de céramique.

Comme vous le faites déjà, vous pouvez mélanger discrètement certains aliments, si vous constatez que votre enfant les mange sans s'en rendre compte. Il faut toutefois faire attention, il y a une question de confiance qui s'établit, surtout si votre enfant est très méfiant à l'égard des aliments. Dans cet ordre d'idée, j'ai remarqué qu'il y a deux types d'enfant, pour certains, si dans un plat préparé, ils remarquent un seul aliment qu'ils n'aiment pas, ils rejetteront tout le plat. Pour ceux- là, il vaut donc mieux servir les aliments séparément. D'autres enfants mangent mieux lorsque tout est ensemble en petits morceaux et si vous leur offrez les aliments séparément, ils en mangent un ou deux et rejettent le reste. Ils adorent les sautés, les riz aux légumes et les soupes.

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