Quand l'aîné réagit mal à la venue du bébé

Pendant quelques années, vous étiez en parfaite symbiose familiale : vous, votre conjoint et votre enfant... Et tout à coup, un autre bébé arrive et vient déstabiliser cette routine. Il est très fréquent que le premier enfant expérimente de la frustration et de la jalousie en voyant tous les soins que vous portez au nouveau venu : il a l'impression que ce bébé lui vole ses parents et qu'il n'a plus autant d'importance à vos yeux. Cela est faux, bien sûr, mais comment le faire comprendre à votre aîné?

Pourquoi est-il jaloux?

Il est assez facile de répondre à cette question : depuis toujours, votre premier enfant est au centre de votre monde, et vous êtes au centre du sien. Tout à coup, un tout petit être qu'il ne connaît pas arrive et réclame vos soins, votre attention ainsi que celle de tout votre entourage. Les cadeaux abondent pour le bébé, les photos crépitent. Comble de l'horreur, ce compagnon de jeu dont on lui parle depuis plusieurs mois n'est en fait qu'un petit bout rouge et fripé qu'il ne faut ni toucher, ni porter, et avec qui il est impossible de faire quoi que ce soit...

Les sentiments mitigés de votre grand (même s'il est encore petit) sont parfaitement compréhensibles et normaux. De plus, si l'enfant est très jeune (moins de 5 ans), il lui est impossible de concevoir réellement qu'il conservera toujours sa place et son importance à vos yeux. Il ne voit qu'une chose : avant le bébé, il ne partageait pas votre amour, et maintenant il dispose de moins de temps avec vous. Puisqu'il ne sait pas comment verbaliser ses craintes et sa colère, il utilise tous les autres moyens à sa disposition.

Quelques-unes des manifestations possibles de sa frustration

Dépendamment de l'âge de votre grand, vous remarquerez un ou plusieurs comportements parmi les suivants :

  • Des pleurs à chaque séparation.
  • Des caprices.
  • Des crises de colère.
  • Une régression dans ses comportements : il veut un biberon, des couches, il mouille son lit alors qu'il était propre.
  • De l'agressivité ponctuelle envers vous, son père ou le bébé : tapes, morsures, pincements, mots méchants, etc.
  • Des problèmes au moment des repas : il ne veut rien avaler, refuse des aliments qu'il aimait, exige un plat particulier.
  • Une apparente indifférence à tout ce qui touche au nouveau-né.

Il est possible que votre enfant utilise d'autres moyens pour vous faire comprendre sa frustration. C'est en observant ses comportements que vous pourrez distinguer ce qui est « normal » pour lui, et ce qui a changé depuis l'arrivée du bébé. Dans tous les cas, il ne faut jamais laisser deux jeunes enfants sans surveillance, même pour quelques minutes

Comment minimiser le problème?

Il convient de prendre certaines mesures pour rassurer votre enfant et celles-ci commencent avant même la naissance du bébé... Tout d'abord, il est de votre devoir de préparer psychologiquement votre enfant en lui parlant de ce qui va arriver, dans des mots adaptés à son âge. Il existe des livres qui abordent le sujet : ce sont de bons moyens d'en parler de façon ludique. Vous pourriez aussi lui faire remarquer les bébés de vos amis, ceux que vous croisez au parc ou lors de vos promenades.

Il est nécessaire de créer chez votre enfant un intérêt pour les bébés. Expliquez-lui aussi combien le nouveau venu sera petit et fragile, laissez-le toucher votre ventre qui grossit, impliquez-le dans les préparatifs. Par exemple, demandez-lui de choisir le pyjama qu'il portera après la naissance. Tous ces petits gestes de votre part prépareront votre grand à accueillir son frère ou sa soeur de la meilleure façon possible.

Une fois que bébé sera là, les choses se compliqueront surement un peu parce qu'on sort du virtuel. Il est primordial de ne pas délaisser votre grand au profit du petit, même si vous le faites sans le vouloir. Prenez tous les moyens à votre disposition pour faire comprendre à votre enfant que votre amour n'a pas changé :

  • Réservez des moments privilégiés avec votre grand, même s'il ne s'agit que d'une marche de 15 minutes au dépanneur du coin (et laissez-le choisir une friandise!). Vous pourriez aussi participer à une activité hebdomadaire avec lui/elle : piscine, glissade, bibliothèque, etc.
  • Impliquez-le le plus possible dans les soins du tout-petit. Il se sentira important et utile.
  • Montrez-lui les albums photo, pour qu'il comprenne bien que vous avez agi de la même façon avec lui lorsqu'il était bébé.
  • Tâchez de ne pas parler du bébé dans toutes vos phrases. Dites « On ira au parc après la collation », plutôt qu'« On ira au parc quand bébé aura fini sa sieste ».
  • Encouragez vos proches (parents et beaux-parents, amis) à amener aussi un petit quelque chose pour votre grand lorsqu'ils font des cadeaux à bébé. Cela peut être simplement une petite voiture ou un bijou de pacotille, mais il est important que l'aîné se rende compte qu'il n'est pas devenu invisible aux yeux des autres.
  • Jouez avec lui.
  • Ne lésinez pas sur les câlins.
  • Conservez vos routines avec le grand, par exemple pour le bain ou le dodo.
  • Félicitez-le de ses bons comportements, de son aide précieuse à s'occuper de son petit frère ou sa petite soeur.

Faut-il sévir?

Dans certains cas (rares, heureusement), il peut arriver que l'aîné devienne si agressif et violent que vous craignez pour la sécurité du bébé. D'ailleurs, ce sont généralement les enfants qui manifestaient déjà de la violence pendant la grossesse : ils tapaient le ventre, affirmaient ne pas vouloir du bébé, etc. Si votre enfant passe par une période particulièrement difficile, malgré vos tentatives d'aplanir la situation, il peut devenir nécessaire de prendre des mesures disciplinaires.

Évidemment, il convient de respecter l'âge et le niveau de compréhension de l'enfant, mais de la même manière qu'un enfant apprend qu'il ne doit pas taper les amis de la garderie, il doit absolument savoir que certains gestes sont inappropriés. Ne culpabilisez pas si vous devez à l'occasion le punir ou le mettre à l'écart, car ce n'est pas cela qui aggravera le problème. Votre enfant vous teste et réclame votre attention, alors n'hésitez pas à répondre à son besoin, même si ce qu'il mérite est en fait un 5 minutes d'isolement! Si vous vous inquiétez vraiment pour lui, n'hésitez pas à en parler au pédiatre ou à consulter un pédopsychologue.

Pour finir

Bien sûr, il n'est pas facile de voir votre premier enfant jaloux (et donc malheureux), mais il suffit souvent de quelques semaines pour que les choses se calment d'elles-mêmes. Vous faites de votre mieux et aimez tous vos enfants de tout votre coeur, et d'ici quelque temps, votre grand comprendra bien qu'il n'a pas perdu sa place dans votre coeur. Il est même fort probable qu'il devienne très protecteur et ne laisse plus personne s'approcher de « son » bébé. Un peu de patience...

Cécile Moreschi, rédactrice Canal Vie

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