Nouveau bébé, nouvelle façon de l'élever

Les méthodes d'éducation passent, changent, se renouvellent. Ce qui était parfaitement normal et même recommandé il y a quelques dizaines d'années ne l'est souvent plus aujourd'hui. De cette constante évolution découlent d'ailleurs les nombreux conflits présents dans les nouvelles familles : nos parents et beaux-parents donnent des conseils qui nous horrifient, et eux-mêmes ne parviennent pas à comprendre les nouvelles façons de faire...

Comment s'y retrouver? Quelles sont les tendances actuelles et les valeurs véhiculées par les parents (et les spécialistes) du 21e siècle? Faut-il pour autant abolir toutes les anciennes façons de faire?

Quelques exemples de méthodes du passé

Si vous demandez à vos parents ou vos grands-parents de donner plus de détails sur la façon dont ils ont été élevés, vous remarquerez sans doute de grandes différences, et ce, dans plusieurs domaines de la vie quotidienne :

La discipline et l'éducation

Les punitions corporelles étaient monnaie courante. Les limites et les règles à respecter étaient elles aussi bien plus nombreuses.

L'alimentation

Il semblait moins compliqué de nourrir les enfants. Les plats adaptés (petits pots et repas à l'effigie des personnages de dessins animés) n'existaient pas. L'allaitement était une exception. On ne se cassait pas la tête à faire goûter un à un les nouveaux aliments, en les espaçant chaque fois de quelques jours (parce que les allergies alimentaires étaient quasi-inexistantes), on forçait les enfants à finir leur assiette, sans discuter.

Le confort

De nos jours, lorsqu'un enfant vient au monde, la majorité des parents se croient obligés d'acquérir une quantité d'objets soi-disant indispensables et salvateurs... Ce qui était loin d'être le cas il y a quelques dizaines d'années. Une poussette ou un berceau pouvaient être utilisés pour de nombreux enfants, tout comme les vêtements et les jouets.

Le sommeil

La plupart d'entre nous ont pris l'habitude de s'endormir dans une bassinette et dans une chambre séparée de celle des parents. Cette technique qui est apparue dans les années 70 tend désormais à s'estomper et l'on revient souvent à la manière traditionnelle qui consiste à garder le nourrisson dans sa chambre jusqu'à 6 mois ou plus.

Pourquoi les méthodes d'éducation évoluent-elles?

Bien souvent, on compare les manières d'éduquer nos enfants avec celles de nos parents ou nos grands-parents, et on remarque les différences les plus flagrantes. Pourtant, si nous avions le loisir de remonter encore de quelques générations, nous pourrions voir que chaque époque a ses spécificités. Le 20e et le 21e siècle ont pour particularité d'avoir connu de grandes avancées scientifiques et sociales, ce qui explique peut-être pourquoi nous avons parfois l'impression que tout change très vite.

Globalement, il existe deux raisons principales qui peuvent expliquer les changements :

L'évolution des moeurs

Rôle et place de la femme, implication grandissante du père, société de consommation, etc. Par exemple, les femmes qui devenaient mères pendant la période de manifestations pour l'émancipation féminine choisissaient souvent de ne pas allaiter leurs enfants comme symbole de leur refus à une forme d'esclavage (selon elles)

Les découvertes scientifiques

Le développement des jeunes enfants (leur capacité à comprendre), l'apparition de nouvelles maladies (allergies alimentaires), l'évolution de la recherche psychologique, etc.

Une ou plusieurs méthodes?

Il faut bien comprendre qu'il n'existe pas de méthode uniforme d'éducation des enfants, et ce, même dans des pays ou le mode de vie est plus ou moins identique. Par exemple, certaines choses sont courantes au Québec alors qu'on ne les rencontrera jamais en France, et vice-versa. Chaque méthode d'éducation est propre à une culture et même à des micro-cultures au sein de celle-ci. Toutefois, partout dans le monde occidental, on prône désormais un fait avéré : les enfants, même très jeunes, sont des êtres humains à part entière, avec une personnalité et des préférences qui leur sont propres.

Cette affirmation peut sembler évidente, mais il s'agit en fait d'une idée très nouvelle. Il n'y a pas si longtemps, il ne serait jamais venu à l'idée des parents de négocier, expliquer, discuter et argumenter avec de jeunes enfants. On donnait un ordre, et ils obéissaient. S'ils n'écoutaient pas, ils étaient punis (plus ou moins sévèrement) et ils grandissaient en pensant que c'est la seule manière normale et efficace d'apprendre. On ne jouait pas avec eux et on ne les impliquait pas dans les discussions familiales. À l'école, on punissait physiquement et on ostracisait ceux qui étaient indisciplinés, on les classait du meilleur au cancre, etc.

Quelques idées en vogue

Les contextes et l'environnement changent à chaque époque, et on privilégie désormais le dialogue et le partage avec les enfants. De nos jours, de nombreux spécialistes et psychologues exposent leurs théories sur les meilleures façons de communiquer avec nos enfants, sur les méthodes qui fonctionnent, sur ce qu'il faut à tout prix éviter. On prône généralement de mettre l'accent sur les succès plutôt que les échecs, de commenter les forces plutôt que les faiblesses, de chercher à encourager les jeunes plutôt que les contraindre. Par exemple, voici quelques idées que l'on entend fréquemment :

  • Parvenir à un accord en utilisant la négociation.
  • Toujours faire ce que l'on dit : on ne dit pas à un enfant qu'il ira dans sa chambre sans manger, puisque ce n'est jamais (on l'espère, en tout cas) une menace réaliste.
  • Savoir se remettre en question et s'assurer que nos attentes sont adaptées à l'âge et la compréhension de l'enfant.
  • Expliquer en termes clairs pourquoi une certaine action est interdite ou néfaste.
  • Établir des limites claires et des conséquences positives, proportionnelles aux actions.
  • Rire et jouer pour changer l'état de l'esprit de l'enfant.
  • Faire attention aux mots que l'on utilise : on ne dira pas « tu es méchant », mais plutôt « tu as fait quelque chose de pas gentil. »
  • Faire preuve d'autorité lorsque c'est nécessaire, mais savoir aussi être l'ami et le partenaire de notre enfant (chacun a son mot à dire).
  • Laisser à l'enfant la possibilité d'exprimer ses choix et ses préférences.

Le poids des traditions

En plus de ces idées et ces façons de faire avant-gardistes, il y a toujours une part de choses que nous répétons, parfois sans même nous en rendre compte. C'est ce que j'appelais plus haut les micro-cultures : chaque famille a son propre système de valeur qui dépend du niveau d'éducation, de l'environnement social, des convictions religieuses et éthiques, de l'origine ethnique et de bien d'autres facteurs.

Bon ou mauvais?

À première vue, il semble évident que les droits et les intérêts des enfants sont mieux respectés et pris en compte dans nos sociétés modernes. Toutefois, il existe plusieurs inconvénients qui découlent, non pas de ces conceptions, mais plutôt de la manière dont les parents s'y prennent. En ayant peur de léser nos jeunes et en essayant de tout expliquer, nous avons parfois tendance à oublier qu'ils n'ont pas uniquement besoin d'explications, mais aussi de discipline.

Lorsque nous leur laissons tous les choix, lorsque nous discutons à l'infini avec eux ou lorsque nous leur accordons tout ce qu'ils désirent, nous ne leur rendons pas service pour l'avenir. Les enfants qui sont élevés ainsi sont malheureusement trop présents dans nos sociétés, au grand dam des enseignants et des intervenants. On les appelle les enfants-rois! Est-ce que ça vous dit quelque chose?

Nous avons souvent l'impression que le terme discipline rime avec prison et punitions, alors que cela n'a pas à être le cas. La discipline n'a pas à être négative et consiste avant tout à :

  • Protéger nos enfants.
  • Les aider à distinguer le bien du mal, à se respecter eux-mêmes et ceux qui les entourent.
  • Leur donner un sentiment de sécurité : ils connaissent les balises et les limites.
  • Leur permettre de développer leur estime personnelle.
  • Les équiper pour leurs interactions en société.

Est-il possible d'être un parent parfait?

Nous n'avons jamais eu autant de documentation sur l'éducation et la parentalité : ouvrages scientifiques et populaires, sites internet, émissions télévisées, conférences et séminaires, etc. Avec tout cela, les attentes que nous avons envers nous-mêmes sont souvent irréalistes.

Nous avons l'impression que nous disposons de tous les outils pour ne faire aucune erreur, que nous n'avons pas le droit de nous sentir dépassés. Nos exigences sont donc tellement hautes que nous avons tendance à culpabiliser à la moindre erreur, ou chaque fois qu'un autre parent supposément parfait nous expose sa propre vision des choses...

Pourtant, il faut bien comprendre qu'aucune de ces théories, méthodes et conceptions n'est parfaite, tout comme nous ne le serons jamais non plus. Ce sont en fait des instruments, et rien d'autre. Chaque parent et chaque enfant étant différents, il s'agit surtout d'adapter ce qui nous touche et nous interpelle en les accordant avec nos propres valeurs et nos convictions personnelles.

La meilleure méthode éducative consiste à trouver le juste milieu entre ce que l'on entend et ce que l'on ressent. Car, ne l'oublions pas, la personne la plus apte à éduquer votre enfant, la personne qui le connaît le mieux et la personne qui l'aime le plus, ce n'est pas le dernier psychologue à la mode ou la voisine. C'est vous!

Alors, oui, vous ferez des erreurs (nous en faisons tous), mais vous ne vous tromperez jamais si c'est l'amour qui motive vos actions.

Cécile Moreschi, rédactrice Canal Vie

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