La violence dans les médias influence-t-elle nos enfants?

Télévision, jeux vidéo, réseaux sociaux, films... Nos enfants ingurgitent quotidiennement des images qui sont parfois inappropriées. Parallèlement, des statistiques font état depuis des décennies d’une hausse significative de la criminalité chez les jeunes. Alors, les médias sont-ils responsables de ces comportements violents qui semblent de plus en plus présents dans notre société?

La désensibilisation des jeunes face à la violence

L’an dernier, Caroline Fitzpatrick, chercheuse postdoctorale au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, à Montréal, a mis en relation les contenus télévisuels violents visionnés par 1800 petits Québécois âgés d’environ 4 ans et certains de leurs comportements, dont le repli sur soi et l’inattention à l’école.

Après l’analyse des habitudes télévisuelles de ces enfants et de certains facteurs socioéconomiques comme la situation familiale ou encore le niveau d'agressivité dont ils auraient pu être témoin au cours de leur jeune vie, Mme Fitzpatrick a établi que plus l’exposition à des scènes de violence par le biais du petit écran était importante, plus les comportements antisociaux augmentaient.

La chercheuse fait donc état d’un risque plus élevé de 3 à 4 %. Si, selon elle, ce chiffre paraît peu élevé, il souligne tout de même le caractère significatif d’une telle corrélation. Néanmoins, elle précise qu’on ne parle pas ici de problèmes pathologiques, mais plutôt de comportements qui ne sont pas souhaitables.

En 1991, une étude américaine faisait également état de cette désensibilisation des jeunes face à la violence puisque, jusqu’à la fin de leur adolescence, ils auraient ingurgité 13 000 meurtres en moyenne au petit écran.

Plus de télé, plus de violence?

Mais quelle que soit la nature du programme, plus l'exposition au petit écran est fréquente, plus le risque serait élevé.

C’est ce que relate l’étude américaine «Television Viewing and Aggressive Behavior During Adolescence and Adulthood» (temps passé devant la télévision et comportements agressifs pendant l’adolescence et l’âge adulte), publiée en mars 2002 dans la revue scientifique Science.
Menée de paire par l’Université de Columbia et l’Institut psychiatrique de l’État de New York, elle met en relation le temps passé par les jeunes devant la télévision et le nombre d’actes de violence juvénile.

Après l’analyse de 707 personnes, dont les habitudes télévisuelles ont été examinées sur un intervalle de 17 ans, il en est donc sorti que les adolescents qui passent le plus de temps devant le petit écran ont davantage de risques de présenter des comportements violents.
Toujours selon cette étude, les statistiques montrent que 5,7 % des jeunes qui ont regardé la télévision moins d’une heure par jour à l’âge de 14 ans commettaient des actes agressifs contre 28,8% chez ceux qui y passaient plus de trois heures quotidiennement.

Un manque d’implication des parents

Si de nombreuses études dénoncent ce phénomène, d’autres refusent d’y voir un lien et attribuent surtout ce problème au manque d’implication des parents face à l’exposition de leurs enfants à des programmes violents.

En 1991, au Québec, les enfants de moins de 12 ans regardaient en moyenne 23 heures de télévision par semaine. Mais dans le lot, certaines de ces émissions ont tout de même eu pour vocation d’éduquer, d’informer et de divertir. À l’époque, on pensait par exemple à Passe-Partout ou encore au Club des 100 watts.

Déjà, l'Association nationale des téléspectateurs (ANT) estimait que la télévision n’était à priori pas néfaste si les parents, au lieu d’interdire les émissions violentes, s’assuraient plutôt de discuter et d’échanger avec leurs enfants autour des programmes qui pouvaient s’avérer problématiques, développant ainsi leur sens critique.

Et le problème ne concerne pas seulement la télévision ou le cinéma, puisque certains jeux vidéo comportent également des images inappropriées, même s’ils sont bien souvent cotés. Les adultes devraient donc, là aussi, user de leur rôle d’accompagnateur  afin de prévenir toutes images que l’enfant a tendance à ingurgiter sans en mesurer immédiatement l’impact qu’elles pourraient avoir.

Le phénomène des réseaux sociaux

Et les réseaux sociaux ne font pas exception à la règle. Impossible d’échapper aux événements qui se soldent la plupart du temps par un dénouement malheureux et qui défrayent la chronique.

À l’instar des petits et grands écrans, les jeunes, à force de communiquer virtuellement, ne prennent plus conscience des conséquences réelles de leurs actes, selon certains pédopsychiatres.

Alors comment, s’ils n’ont pas acquis ces notions, peuvent-ils connaître les limites et la portée de leurs agissements? Encore là, les adultes doivent donc avoir un rôle d’accompagnement et de contrôle, ce qui éviterait beaucoup de malheureuses situations dont les pédopsychiatres mesurent de plus en plus l’ampleur.

Philippine de Tinguy, rédactrice Canal Vie, en collaboration avec la Dre Lila Amirali, pédopsychiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants
 

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