La cyberintimidation : le nouveau mal du siècle?

Si vous avez des enfants adolescents ou préadolescents, vous avez sûrement déjà entendu parler de cyberintimidation. C'est un phénomène qui n'existait pas il n'y a pas si longtemps et qui concerne aujourd'hui la majorité des jeunes. Les adultes ne sont pas en reste : certains sont victimes, d'autres se font agresseurs.

Un vrai problème!

Beaucoup de gens, peu importe leur âge, sous-estiment les ravages que la cyberintimidation peut faire dans la vie des victimes. Pourtant, certaines d'entre elles ont sombré dans de graves dépressions, d'autres ont dû quitter l'école, déménager. On a même recensé quelques cas de suicides directement attribuables à la cyberintimidation.

Bref, les conséquences de ce problème sont souvent désastreuses. Si votre enfant ou n'importe quel jeune dans votre entourage vous dit être victime de cyberintimidation, il est important de prendre sa détresse au sérieux et de tout mettre en oeuvre pour l'aider.

La cyberintimidation : définition sommaire

La cyberintimidation est la cousine 2.0 de l'intimidation, qui sévit depuis toujours dans les cours d'école. Le terme désigne toute forme d'intimidation qui utilise les nouvelles technologies de communication. Cette définition est bien large et recouvre de nombreux phénomènes. Certains sont moins graves alors que d'autres peuvent avoir des conséquences désastreuses.

Quelques formes de cyberintimidation

  • Insulter quelqu'un dans une salle de clavardage, en privé ou à la connaissance d'autres personnes.
  • Harceler ou menacer quelqu'un en utilisant les courriels ou les textos.
  • Utiliser les réseaux sociaux pour nuire à la réputation de quelqu'un, par exemple en publiant des photos peu flatteuses de cette personne ou en répandant de fausses rumeurs à son sujet.
  • Usurper la cyberidentité de quelqu'un, soit en se faisant passer pour elle sur ses propres comptes, ou en créant de faux comptes, blogues ou pages web en son nom et sans son consentement.
  • Le happy slapping  est une autre forme de cyberintimidation : on attaque physiquement quelqu'un, souvent un inconnu, on filme l'agression avec un téléphone et on diffuse ensuite la vidéo sur le web.
  • La caméra intégrée au cellulaire peut aussi servir à filmer ou à photographier quelqu'un dans une position compromettante et à ensuite diffuser les images prises à large échelle. Par exemple, un adolescent filme sa copine en train de lui faire une fellation et envoie ensuite la vidéo à toute l'école.

Ce ne sont là que quelques exemples parmi les plus répandus. Vous comprenez que la cyberintimidation peut emprunter de nombreux visages, et c'est pourquoi il s'agit d'un phénomène difficile à circonscrire.

L'explosion de la cyberintimidation

Il y a à peine deux décennies, la cyberintimidation n'existait pas. Avec la démocratisation d'Internet, le phénomène a littéralement explosé. On estime en effet que plus de la moitié des jeunes ont déjà été victimes de cyberintimidation, alors que près de la moitié s'est déjà servi des nouvelles technologies pour intimider une personne de son entourage ou un inconnu. Les deux sexes sont concernés, même si les filles sont un peu plus nombreuses à la fois dans le camp des victimes et dans celui des agresseurs. Pourquoi le phénomène connaît-il une telle popularité?

C'est si facile!

La facilité et l'accessibilité sont probablement les principales raisons qui expliquent la popularité de la cyberintimidation.

  • Premièrement, le matériel informatique et les téléphones portables sont désormais très largement distribués.
  • Deuxièmement, il est beaucoup plus facile d'intimider quelqu'un lorsqu'on a pas à lui faire face. Les conséquences pour l'agresseur sont beaucoup moins importantes.
  • Il n'y a pas de contact physique : l'intimidation n'est donc plus réservée à ceux qui ont des gros bras pour se défendre.
  • L'agresseur n'est plus confronté à la réponse émotionnelle de la victime, ce qui donne l'illusion que son geste ne fait pas vraiment mal.
  • La cyberintimidation s'effectue souvent de façon anonyme, ce qui laisse croire à l'agresseur, à tort ou à raison, qu'il ne risque pas de représailles.

Des conséquences qui dépassent l'intention

Le danger de la cyberintimidation n'est pas uniquement dû à sa popularité, mais également à l'ampleur que peuvent prendre ses conséquences.

Une autre réalité spatio-temporelle

Même si une insulte ou un coup de poing peuvent faire très mal, ils ne laissent pas de traces tangibles à long terme. Les seuls témoins de l'humiliation sont ceux qui étaient là en temps réel. Lorsque le Web ou un support vidéo sont impliqués, les preuves resteront souvent accessibles pendant de longues années. Également, on assiste parfois à une diffusion virale de l'information compromettante. Dans ces cas-là, la victime n'est plus uniquement le souffre-douleur d'une petite clique à son école. Elle peut devenir un objet de moqueries pour les jeunes de toute son école, de toute sa ville... voire même du monde entier!

Pas de répit pour les victimes

Par ailleurs, un jeune qui est victime d'intimidation dans la cour d'école ou au parc trouvera généralement un refuge une fois revenu à la maison. La cyberintimidation, au contraire, le suit partout où il va et où il est possible de se brancher sur ce monde parallèle qu'est la « cyberréalité ».

Des cas qui ont choqué

Qui a oublié le Star Wars kid, ce jeune garçon un peu grassouillet de Trois-Rivières, devenu tristement célèbre après que d'autres jeunes eurent mis la main sur une vidéo de lui imitant maladroitement Darth Maul, un personnage de Star Wars, et l'eut diffusée sur Internet? Rapidement, la vidéo très peu flatteuse a fait le tour du monde.

À ce jour, la copie originale à elle seule a été vue plus de 26 millions de fois sur YouTube. Le jeune homme, qui avait environ 18 ans à l'époque de la diffusion, a par la suite énormément souffert des moqueries et du harcèlement de ses congénères. Ce qui ne devait être qu'une mauvaise blague a pris des proportions difficiles à imaginer!

Quand la cyberintimidation mène au suicide

Par chance, l'adolescent trifluvien a trouvé la force de reprendre sa vie en main et de passer outre cet événement traumatisant. Ce n'est pas le cas de tous. En 2003, le jeune Ryan Patrick Halligan s'est pendu chez lui, au Vermont, après que des camarades de classe eurent répandu de fausses rumeurs à son sujet sur le web.

Depuis toujours, Ryan était victime des moqueries de ses camarades, mais cette goutte a fait déborder un vase déjà trop plein. Lorsqu'il a décidé de mettre fin à ses jours, Ryan avait 13 ans. Malheureusement, son cas n'est pas un cas isolé. De nombreux jeunes ont tenté de se suicider après avoir été victimes de cyberintimidation. Trop nombreux sont ceux qui y sont parvenus.

Quand les adultes s'en mêlent...

La cyberintimidation n'est pas uniquement l'apanage des adolescents. Elle concerne parfois les adultes, qui peuvent en être victimes, mais également devenir agresseurs.

Des profs victimes

Les enseignants du primaire et du secondaire savent quelque chose du phénomène : ils sont nombreux à en avoir été victimes. Fausses pages web, fausses rumeurs, harcèlement... ils ne sont pas à l'abri des foudres de leurs élèves, et cela peut avoir de graves conséquences sur leur estime de soi et leur sentiment de compétence.

L'adulte qui intimide : le cas Lori Drew

Ce qui est encore plus perturbant, c'est quand les adultes se font agresseurs.

En 2006, Lori Drew, une mère américaine dans la quarantaine, crée un compte MySpace en se faisant passer pour un jeune garçon de 16 ans, Josh Evans. Elle contacte alors la jeune Megan Meier, une ancienne amie de sa propre fille, et se met à la courtiser. Après plusieurs semaines, le ton de « Josh » change du tout au tout. Les compliments se transforment en insultes, les messages que Megan lui avaient envoyés sont publiés et ridiculisés.

Dans le dernier message que reçut Megan, le 17 octobre 2006, le prétendu Josh lui disait que toute la ville la détestait et que le monde serait mieux sans elle. La jeune fille de 13 ans souffrait déjà de dépression et de détresse psychologique. Elle se suicida dans les heures qui suivirent. En 2008, Lori Drew fut reconnue coupable d'avoir une part de responsabilité dans la mort de l'adolescente.

Peur d'en parler

Une des raisons qui font que la cyberintimidation a parfois des conséquences gravissimes est que les victimes sont incapables d'en parler. Contrairement à l'intimidation traditionnelle, qui est généralement remarquée par le personnel scolaire et donc prise en charge, la cyberintimidation est souvent invisible aux yeux de ceux qui ne font pas partie de l'univers parallèle des blogues et des réseaux sociaux, comme c'est souvent le cas des parents et des profs.

Peur d'être puni

Les victimes ne veulent pas en parler, car elles craignent souvent d'être privées d'ordinateur ou de téléphone cellulaire. Or, même si un jeune est régulièrement agressé sur un blogue ou un réseau, l'empêcher d'utiliser Internet constitue une punition de taille. C'est un peu comme si on gardait un jeune en retenue pendant toutes les récréations, sous prétexte qu'il est le bouc-émissaire de ses camarades de classe.

Peur d'être ridiculisé

Les jeunes victimes craignent aussi qu'on ne prenne pas leur problème au sérieux et qu'on se moque de leur détresse. C'est pourquoi il est primordial de rester vigilant en tant que parent et de laisser savoir au jeune que la porte est toujours ouverte.

Quelques trucs pour faire cesser la cyberintimidation

Même s'il n'y a pas de solution miracle pour contrer ce phénomène, voici quelques gestes qui pourraient aider votre enfant à échapper à la menace de la cyberintimidation.

  • Installez l'ordinateur dans une des pièces communes, pas dans la chambre de l'enfant.
  • Sans l'espionner, surveillez ses activités sur le web.
  • Renseignez-vous sur le fonctionnement des différents réseaux sociaux. Créez-vous un compte et invitez votre enfant à devenir votre ami en ligne.
  • Informez l'enfant au sujet de la cyberintimidation et de ses conséquences. Faites-lui comprendre que vous serez toujours prêt à l'aider en cas de problème et qu'il ne sera pas puni s'il est une victime. Il doit comprendre que ce n'est pas de sa faute s'il est abusé.
  • Faites-lui également comprendre que vous serez très sévère si vous apprenez qu'il a agressé un camarade.
  • Rappelez à votre enfant de ne jamais répondre à une menace ou à une manifestation de cyberintimidation. Rappelez-lui également de ne pas détruire les messages de ses agresseurs.
  • La cyberintimidation est un acte criminel dans plusieurs cas et il est bien que votre enfant le sache. Dites-lui également que le sentiment d'anonymat de certains cyberagresseurs est illusoire et qu'il est très facile pour les autorités de retracer la source des messages.
  • Si votre enfant est victime de cyberintimidation de la part de ses camarades de classe, avisez la direction de son école.
  • S'il y a des menaces ou du harcèlement, avisez les autorités policières, car il s'agit d'un acte criminel.

Il est très important que les parents restent vigilants. En effet, tout porte à croire que le phénomène continuera à prendre de l'ampleur dans les prochaines années. On ne pourra sans doute pas y mettre fin facilement, mais chaque petit geste compte!

Jeanne Dompierre, rédactrice Canal Vie

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