L'école à la maison

Même si cela reste un phénomène assez marginal, de plus en plus de parents, surtout en région, choisissent de faire l'école à la maison à leurs enfants. On estime qu’environ dix mille jeunes dans la province sont scolarisés à la maison. Est-ce légal? Pourquoi les parents choisissent-ils ce mode de vie? Et quel est l’impact de celui-ci sur les jeunes concernés? Faisons le point sur ce sujet souvent controversé…

L’aspect légal

La loi au Québec exige que tous les enfants reçoivent une éducation, mais l’école n’est pas l’unique moyen d’y parvenir. Ainsi, un article publié dans la Loi sur l’instruction publique stipule « qu’il n’est pas obligatoire de fréquenter l’école pour l’enfant qui reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience éducative qui, d’après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l’école. »

Il faut bien sûr que l’école de quartier et/ou la commission scolaire soient avisées de l’intention des parents d’assurer eux-mêmes l’éducation de leurs enfants, pour qu’ils ne soient pas inscrits à l’école. En effet, un enfant inscrit à l'école, mais qui ne s'y présente pas est considéré comme absent, et l’école a le droit de demander à ce que la DPJ cherche à savoir pourquoi l’enfant ne vient pas à l’école.

Mais une fois que l’école est avisée, il n’y a aucune autre obligation. Ainsi, contrairement à ce que certaines personnes croient, il n’est pas nécessaire que les parents soient eux-mêmes diplômés, ni que des inspecteurs évaluent la qualité de l’enseignement reçu ou accordent aux parents l’autorisation d’enseigner eux-mêmes à leurs enfants, ou encore que les jeunes soient obligés de passer les examens du Ministère en fin d’année scolaire.

Ainsi, il est parfaitement légal de choisir quelle forme d’éducation on souhaite dispenser à ses enfants : on peut suivre le programme et acheter les manuels recommandés par la commission scolaire, ou créer soi-même le programme qui convient le mieux à nos enfants. Certains parents optent même pour la « déscolarisation », qui consiste à ne créer aucun horaire ou programme précis, mais à utiliser chaque question de l’enfant (ainsi que les évènements de la vie quotidienne) pour qu’il apprenne ce qui l’intéresse vraiment.

Pourquoi choisir ce mode de vie?

Les raisons qui poussent les parents à opter pour l’école à la maison sont nombreuses, mais il y en a deux qui reviennent plus souvent que les autres :

  • Permettre aux jeunes qui ont des besoins particuliers d’évoluer à leur rythme : les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, ou encore, ceux qui vont plus vite que leurs pairs n’ont pas besoin de s’adapter aux autres, ce qui crée souvent un manque d’intérêt pour l’école (dans les 2 cas).
  • Ne pas vouloir que leurs enfants soient exposés aux idéologies véhiculées par l’éducation publique. Beaucoup de parents refusent le modèle unique d’éducation proposé, ainsi que plusieurs des idées uniques dans les écoles. Ils n’adhèrent pas à ces valeurs et préfèrent choisir eux-mêmes ce qu’ils inculquent à leurs enfants.

De plus, d’autres raisons, moins fréquentes, sont également répertoriées :

  • Éloignement en région rurale : les parents préfèrent faire l’école à la maison plutôt que d’envoyer leur enfant tous les jours en autobus pour 1 heure ou plus (quand l’autobus se rend!)
  • Maladie ou incapacité physique : dans les cas de jeunes qui ont du mal à se déplacer, provisoirement ou pas.
  • Manque de temps : parfois, des jeunes pratiquent des sports ou d’autres disciplines (musique, par exemple) de manière semi-professionnelle. Bien souvent, l’enseignement à la maison permet d’assimiler beaucoup plus rapidement les matières enseignées, et laisse donc du temps pour le reste.
  • Mauvaise expérience : les parents d’enfants qui ont vécu beaucoup d’intimidation ou connu des conflits avec les enseignants.
  • Mode de vie nomade : certains parents décident de passer une année (ou plus) à parcourir l’Asie ou les États-Unis en autocaravane, d’autres voyagent constamment à cause de leur travail, d’autres encore choisissent de vivre en autarcie loin de toute ville, etc.

Les avantages…

Beaucoup de personnes s’imaginent que les jeunes scolarisés à la maison n’ont pas le même niveau que ceux qui vont à l’école, mais cela est faux. En fait, une fois terminés les cursus primaires et secondaires, les jeunes doivent passer un examen du Ministère afin de pouvoir continuer leurs études au niveau préuniversitaire (CÉGEP), et les résultats obtenus prouvent que leur niveau académique est souvent meilleur. De plus, leur développement social et/ou émotif est aussi bon, voire meilleur, que celui de leurs pairs qui sont allés à l’école!

Enseigner soi-même à ses enfants permet de :

  • leur apprendre des disciplines qui ne sont pas enseignées à l’école (la philosophie, par exemple);
  • passer moins d’heures par jour assis à une table : la matière est habituellement intégrée en 2-3 heures, quotidiennement;
  • laisser plus de place au temps libre et/ou aux projets de nature artistique ou sportive, aux jeux;
  • les aider à devenir plus autonomes, à développer leur sens de l’organisation;
  • respecter leur rythme : plus lent ou plus rapide que la majorité, pas de problème;
  • choisir son horaire.

…et les inconvénients

Bien sûr, rien n’est jamais tout rose! Il y a aussi des contraintes et des points négatifs lorsqu’on adopte ce mode de vie alternatif. Voici les inconvénients qui sont le plus fréquemment cités par les parents :

  • Les contraintes financières : l’un des parents doit constamment être présent avec les jeunes. Il n’y a donc qu’un seul salaire;
  • L’organisation : à moins d’opter pour la « déscolarisation », le parent-professeur doit savoir organiser son temps et planifier les leçons hebdomadaires et les autres activités;
  • Il n’y a jamais de pause réelle et le parent est toujours dans le mode enseignement. Il est parfois difficile de gérer la vie scolaire, émotive, familiale, professionnelle, etc.;
  • Le jugement extérieur négatif cause souvent de nombreuses incompréhensions, voire des ruptures avec la famille et les proches.

Et la socialisation?

Bien souvent, la plus grande critique face au choix d’éduquer soi-même ses enfants concerne la socialisation : les gens craignent que les enfants ne soient pas adaptés à la vie en société ou qu’ils vivent en vase clos.

Il faut toutefois démystifier cet aspect : faire l’école à la maison, cela ne signifie pas que l’on ne sort pas de la maison! Il existe de nombreuses associations de parents dans chaque région qui optent pour ce mode de vie et elles organisent fréquemment des rencontres et des activités, afin, justement, de permettre à leurs jeunes de côtoyer d’autres enfants.

Il semblerait même que les jeunes qui sont éduqués par leurs parents soient plus sociables avec les adultes parce qu’ils n’ont pas l’impression de faire partie d’un monde à part (enfants versus adultes).

Des ressources

Si l’idée vous interpelle, il existe de nombreuses ressources et plusieurs ouvrages offerts sur Internet. La toute première est sans contredit l’Association québécoise pour l’éducation à domicile, qui propose des articles, des blogues, des avis d’experts, des idées de programme à suivre, des moyens de rencontrer les parents de sa région, ainsi qu’un symposium annuel.

Ce mode de vie n’est pas pour tous, mais bien des parents qui l’ont essayé affirment qu’ils ne reviendraient pour rien au monde au mode traditionnel d’enseignement.

Cécile Moreschi, rédactrice Canal Vie

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