Stimuler l'allaitement quand on adopte

Dans la majorité des sociétés non occidentales, il est courant qu'une femme allaite un bébé qui n'est pas le sien : grand-mère, nourrice ou autre peuvent nourrir un enfant lorsque la mère n'est pas disponible pour cela (éloignement, maladie, décès). Chez nous pourtant, lorsqu'une femme qui adopte un bébé souhaite allaiter, elle est souvent regardée comme une « extra-terrestre », tant par ses proches que par le personnel médical, et cela tient la plupart du temps, de l'ignorance.

Pourtant, il est parfaitement possible de parvenir à allaiter un enfant que l'on n'a pas porté... De nombreuses femmes y sont parvenues, alors pourquoi pas vous?

Comment stimuler la lactation?

Une histoire d'hormones

Contrairement à certaines idées reçues, la production de lait n'a rien à voir avec le fait que l'on ait accouché. La production de lait maternel dépend de deux hormones, soit la prolactine qui produit le lait et l'ocytocine qui le « libère ». Ces hormones sont produites par la glande pituitaire, pas dans les ovaires. Ainsi, la grossesse et l'accouchement sont indépendants, jusqu'à un certain point, de la production de lait.


D'ailleurs, ces hormones sont à ce point « distantes » des autres hormones féminines que l'OMS affirme que même des femmes ménopausées ou ayant subi l'ablation de l'utérus pourraient parvenir à allaiter un enfant.

La marche à suivre

Bien sûr, ce n'est pas parce qu'il est possible d'allaiter un enfant adoptif que c'est facile pour autant... Il est nécessaire de s'y prendre à l'avance et tout un « protocole » a été mis en place pour faciliter la lactation. La méthode s'étend sur 3 à 6 mois (avant la naissance ou l'arrivée du bébé) et comporte :

  • La prise en continu de pilules contraceptives (pour simuler la grossesse).
  • La prise quotidienne de dompéridone : c'est un médicament utilisé habituellement pour traiter les nausées, mais qui a pour effet secondaire de stimuler la production de prolactine.
  • Dans les 4-6 semaines avant l'arrivée du bébé, il faut masser les seins quotidiennement et utiliser un tire-lait électrique toutes les 3 heures (au moins une fois pendant la nuit).
  • Quand on commence à « pomper » du lait, il faut prendre des capsules d'herbes médicinales qui favorisent la lactation, soit du fenugrec et du chardon bénit.
  • De plus, on conseille aux femmes de consommer du gruau d'avoine au moins 3 fois par semaine, de boire deux litres d'eau par jour et d'éviter toutes les boissons caféinées.


Si le protocole est suivi à la lettre, la production de lait devrait commencer dans le dernier mois avant la fin de la grossesse (de la maman biologique). Il est même possible (et recommandé) de congeler le lait exprimé. Toutefois, le lait produit l'est en très petites quantités (1 ou 2 onces par jour, au début) et il n'arrive jamais que les seins « coulent » comme c'est le cas lors d'une lactation naturelle.

De plus, même s'il est possible pour les femmes qui n'ont jamais accouché ou allaité auparavant d'avoir une « montée de lait », celle-ci sera plus fastidieuse. Mais il ne faut pas se décourager, les statistiques sont très encourageantes.

Faire boire bébé

Après s'être contrainte à ce « traitement », la maman adoptive doit ensuite être patiente pour apprendre au bébé à boire au sein. Dans le cas d'une adoption locale, il est courant que la mère voie le bébé dès ses toutes premières heures de vie. Il est ainsi relativement facile de mettre le bébé au sein directement pour qu'il apprenne à téter.

Toutefois, cela peut être plus compliqué si le bébé adopté est plus âgé et a déjà pris l'habitude de boire au biberon. Dans ce cas, il faudra faire preuve de beaucoup de patience et s'assurer que bébé boit assez. Il peut être difficile de parvenir à allaiter un bébé de plus de 4 mois, mais de nombreux témoignages prouvent que cela est malgré tout possible.

Est-ce que ce lait est « bon » pour le bébé?

La quantité

Généralement, la production de lait est moindre qu'après un accouchement, du moins au début. Les spécialistes recommandent d'utiliser un dispositif d'aide à la lactation : c'est un dispositif d'aide à l'allaitement (feeding tube) que l'on installe au sein et qui permet au bébé de boire à travers un petit tuyau en même temps qu'il tète le mamelon, ce qui lui permet en même temps de se nourrir adéquatement et de stimuler la lactation. Il est nécessaire de mettre le bébé au sein très souvent (une dizaine de fois par jour) pour que la lactation se fasse le plus efficacement possible.

La plupart des mères affirment qu'elles doivent donner des suppléments de lait maternel ou des substituts de lait maternel (formules) dans les premiers mois, mais que la production devient souvent adaptée aux besoins du bébé après 3-4 mois.

La qualité

Ici, c'est plutôt rassurant : quel que soit l'âge de la maman adoptive, la qualité du lait maternel est exactement la même que lors d'un allaitement « normal. » Une fois que la routine est bien installée, il n'y a aucune différence.

Est-il souhaitable d'allaiter un enfant adopté?

Tout est question de valeurs personnelles. Il est désormais prouvé que le lait maternel constitue le meilleur aliment pour les bébés, et ce, même si le lait en question n'est pas celui de sa mère biologique. Mais l'allaitement, c'est bien plus que juste nourrir le bébé. C'est un moyen de communication intime entre la mère et son enfant. Tous les sens entrent en jeu et il est désormais prouvé que l'allaitement favorise le sentiment de fusion et d'attachement entre la maman et son bébé.

Bien sûr, ce lien peut se créer même si bébé est nourri au biberon, mais beaucoup de mamans adoptives souhaitent expérimenter le contact peau à peau avec leur enfant, justement parce qu'elles n'ont pas porté et senti le bébé en elles pendant qu'il grandissait. De son côté, l'enfant qui a subi le traumatisme d'être séparé à la naissance de sa mère biologique ne pourra qu'apprécier le contact intime avec sa maman adoptive.

Donc, oui, l'allaitement de l'enfant adopté est à encourager, à condition toutefois que le « protocole » à suivre et les premiers mois souvent difficiles ne soient pas source de stress et de découragement. Si le processus semble trop compliqué et fastidieux pour certaines mamans, il est évident qu'un biberon donné avec amour et tendresse saura combler les besoins physiques et émotifs du nouveau-né...

Cécile Moreschi, rédactrice Canal Vie

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