Les couches : lavables ou jetables?

Voilà quelques décennies, la question ne se posait même pas. Les couches étaient toutes lavables. Les mamans en faisaient une bonne provision, au moins deux douzaines, et la question était réglée. Puis, les couches jetables ont fait leur apparition, au grand plaisir de plusieurs. Il suffisait de passer à la pharmacie, ou à l'épicerie, et d'en acheter un ou deux emballages. Évolution? Plusieurs répondront par l'affirmative. Mais voilà, les temps changent. Aujourd'hui, le sujet revient hanter les mamans : couches lavables ou jetables?

Quelle que soit l'option choisie, vous trouverez des gens pour vous regarder avec un air rempli de compassion. Lavables : « Ma pauvre fille, tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques ! » Jetables : « Mais voyons, as-tu pensé à l'avenir de ton bébé, et de la planète par la même occasion? » Voilà un terreau fertile pour développer un sentiment de culpabilité. Faisons le point.

Les couches jetables

Ces couches, offertes en pharmacie, dans les supermarchés et les magasins à grande surface, offrent plusieurs avantages. Pratiques, elles s'emportent et se rangent facilement. Vous n'avez qu'à tendre le bras pour vous en procurer une nouvelle alors que la précédente se retrouve aux ordures, une fois les matières fécales jetées à la toilette pour éviter la prolifération des bactéries.

Les couches jetables ont aussi le mérite de garder bébé au sec plus longtemps, sauf s'il y a des fuites. Vous n'avez pas besoin de culotte de plastique additionnelle pour éviter des traces d'urine sur les vêtements de votre chérubin. Comme elles sont jetables, il n'est pas nécessaire de les laver, de les plier et de les ranger pour une utilisation future. De plus, elles offrent quelques heures de répit à maman et/ou papa.

Les couches jetables ont aussi plusieurs désavantages. Pour fabriquer le nombre de couches nécessaires pour chaque enfant, soit 5500 en moyenne, il faudra utiliser la fibre de 4,5 arbres et 67 kilos de pétrole brut. Puis, une fois propre, bébé sera « responsable » de 820 kilos de déchets, généralement enfouis, qui prendront entre 200 et 500 ans à se décomposer. De plus, plusieurs produits chimiques, dont le polyclate de sodium, entrent dans la fabrication de ces couches. Or, ce produit est souvent à l'origine d'irritations et d'éruptions cutanées sur les fesses : un phénomène en croissance chez les tout-petits depuis l'apparition des couches jetables. Notez également que le polyclate de sodium est pointé du doigt dans l'apparition du choc toxique chez certaines utilisatrices de tampons hygiéniques. Rien de rassurant.

De plus, il vous faudra débourser entre 2000 $ et 2500 $ pour vous procurer ces couches, de la naissance de bébé jusqu'au stade de propreté.

Les couches lavables

Moins onéreuses? il vous faudra débourser entre 475 $ et 1000 $ pour vous en procurer, les couches lavables sont plus faciles à ranger. Faites de coton, de chanvre, de fibres de bambou ou de ratine de velours, elles laissent la peau de bébé respirer. Inconfortables lorsque souillées, elles permettraient un apprentissage plus rapide de la propreté. Même s'il n'existe aucune étude précise sur ce sujet, 90 % des bébés français étaient « propres » à l'âge de 30 mois, en 1961, alors que seulement 22 % des utilisateurs des couches jetables l'étaient, en 1997. De plus, les fessiers irrités et les éruptions cutanées sont moins fréquents chez les poupons langés avec des couches de tissu.

Notez que de plus en plus de municipalités québécoises versent une aide financière aux parents qui choisissent d'utiliser des couches lavables. Il vous suffit de vous informer auprès des autorités locales pour savoir s'il existe un programme comme ceux offerts à Drummondville ou dans l'arrondissement montréalais de Verdun, par exemple.

Mais les couches lavables ont aussi leurs désavantages. Dans un premier temps, il vous faudra consacrer plus de temps au lavage et au pliage des couches. Or, tous les parents vous le diront, les 30 premiers mois de la vie d'un enfant sont épuisants, pour ne pas dire exténuants. Ajouter cette tâche aux nombreuses qui vous attendent : allaitement, préparation des repas, entretien de la maison, le tout souvent en parallèle avec la vie professionnelle, constitue un lourd fardeau sur vos épaules. Et comme les lavages seront plus fréquents, vous produirez des eaux usées plus « toxiques » si vous utilisez un détersif contenant du phosphore. Il vous faudra également ajouter des culottes de plastique pour limiter les fuites, à moins de choisir des couches spécialement conçues, plus chères à l'achat. De plus, elles ne sont guère populaires auprès de nombreuses garderies.

Un compromis

Des compromis sont toutefois possibles. En effet, des couches biodégradables ont fait leur apparition sur le marché québécois. Fabriquées de pulpe de bois, de cellulose non blanchie et de polyacrylate (un polymère), elles ressemblent en tous points aux couches jetables. Elles sont également hypoallergéniques et particulièrement douces pour la peau de bébé. Toutefois, leur couleur beige répugne certains parents. Elles sont aussi plus onéreuses à l'achat (environ 22 $ le paquet).

Plusieurs parents optent pour des couches lavables à la maison et des couches jetables lors des sorties de magasinage, des visites chez les proches ou les journées ou à la garderie. Ce faisant, il est plus facile de garder bébé bien au sec sans devoir rapporter la couche souillée à la maison. De l'avis des spécialistes, il s'agit du meilleur compromis.

Si toutes les mamans de la terre utilisaient des couches lavables, quelque cinq millions d'arbres seraient épargnés, chaque année. Mais l'utilisation de détersif contenant du phosphore est souvent responsable de la prolifération des cyanobactéries (algues bleu-vert) qui affectent les plans d'eau. Nous revoilà à la case départ. Lavable ou jetables? À vous de choisir! Sachez toutefois que de nombreuses mamans, soucieuses de s'accorder des périodes de détente, hésitent encore à passer aux couches lavables.

Henri Michaud, rédacteur Canal Vie

Vous aimerez aussi