À trois ans, elle commence à sucer son pouce!

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Aujourd'hui, Nadia répond à la question de Martine et Steeve qui s'inquiètent de voir leur fille de trois ans commencer à sucer son pouce.

Question :

Bonjour Dre Nadia,

Notre fille va bientôt avoir trois ans et elle a commencé à sucer son pouce depuis environ trois semaines. Il y a un petit garçon dans son groupe à la garderie qui suce son pouce. Son éducatrice nous dit de l'ignorer et qu'elle arrêtera si on ne lui donne pas d'attention, mais ça ne fonctionne pas... Elle le fait de plus en plus, surtout au dodo. Lorsque nous lui parlons, elle ne nous répond pas et elle ne joue presque plus. Nous avons commencé un système de privilèges avec des collants, mais ça fonctionne plus ou moins. Pouvez-vous nous donner des conseils pour régler notre problème, s'il vous plaît? Merci!

Martine et Steeve

Voici ce que notre psychologue leur conseille...

La plupart des jeunes enfants utilisent différents moyens pour se sécuriser, tenir une « doudou », se bercer, avoir un ours en peluche, enrouler une mèche de cheveux autour de leur doigt et... sucer le pouce! Les psychologues et d'autres spécialistes appellent les « doudous » et les « toutous » par un mot très savant : les objets de transition.

En fait, ces objets ou des comportements tels que sucer le pouce permettent aux enfants de faire la transition entre avoir absolument besoin d'un parent pour se sécuriser, et être assez autonomes pour se sécuriser seuls. Sucer le pouce peut rappeler à l'enfant le sentiment de sécurité qu'il ressentait lorsqu'il était allaité par sa mère, blotti dans ses bras et rassuré par sa chaleur.

Dans le cas de votre fille, elle a probablement commencé le comportement de sucer le pouce en imitant le petit garçon dans son groupe à la garderie. Par la suite, elle a sûrement aimé le sentiment de sécurité qu'elle a ressenti en suçant le pouce, ce qui fait en sorte qu'elle a de la difficulté à cesser ce comportement, malgré toutes vos interventions.

Il ne faut surtout pas entrer dans une lutte de pouvoir contre elle. Il est beaucoup plus efficace de tenter de développer une collaboration et une complicité avec elle, contre cette mauvaise habitude. Il faut donc avoir une attitude patiente et encourageante à son égard... et éviter les réprimandes et les punitions. Vous pouvez même lui dire que de nombreux enfants sucent leur pouce et qu'il est normal de le faire parfois sans même s'en rendre compte.

Dites-lui que dans ces moments, vous serez là pour lui rappeler gentiment de cesser le comportement. Vous pouvez inventer un mot « magique » avec elle pour pouvoir lui indiquer discrètement qu'elle suce son pouce et lui faire penser de cesser. Surtout, il faut appliquer ces interventions sans lui mettre de pression. Si elle ne semble pas prête à collaborer, il vaut mieux attendre un peu (ex. : 2-3 semaines) avant de faire une nouvelle tentative.

Si elle ressent votre insatisfaction, de la pression et de la désapprobation, les efforts pour abandonner cette mauvaise habitude lui paraitront comme étant aversifs et sa motivation à collaborer ne s'en trouvera que diminuée. De plus, le stress amené par cette pression pourrait l'insécuriser... ce qui lui fera sucer encore plus son pouce! Il est important de tenter de l'amener à cesser graduellement de sucer son pouce à cause de l'effet que cela pourrait avoir sur ses dents et son palais, mais il ne faut tout de même pas entrer quotidiennement en conflit avec elle, simplement pour y arriver rapidement! Donnez-vous du temps.

Une autre stratégie est de lui proposer un comportement alternatif au suçage de pouce, tel que serrer un ours en peluche dans ses bras. Ainsi, vous reconnaissez son besoin de se sécuriser ou d'avoir un objet de transition, ce qui peut l'aider à abandonner sa mauvaise habitude.

Enfin, si son comportement persiste encore deux ou trois ans, il existe une solution de dernier recours. Un dentiste peut lui installer un appareil au palais, spécialement conçu pour l'élimination de cette mauvaise habitude. L'appareil rend le suçage de pouce inconfortable pour l'enfant, qui finit par abandonner le comportement et ainsi ne plus avoir besoin de l'appareil.

Bonne chance!

 

Dre Nadia Gagnier
Psychologue
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