Combattre les peurs grâce au Jeu du détective

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Est-ce le rythme de vie que nous menons? Le stress qui nous ronge en tant que parents? Les conséquences de la nourriture que nous mangeons ou l'environnement dans lequel nous vivons? Quoi qu'il en soit, les enfants d'aujourd'hui semblent être de plus en plus nombreux à souffrir de stress, d'anxiété généralisée et de peurs de toute sorte. Les pédopsychologues sont, par conséquent, plus enclins à se pencher sur la question et mettent à jour différentes approches et techniques thérapeutiques pour venir en aide aux enfants aux prises avec ce genre de problèmes.

Parmi celles-là, en voici une que vous, parents, pouvez mettre en pratique au quotidien, question de calmer les inquiétudes de votre enfant. Bien sûr, elle ne remplacera pas l'intervention de spécialistes dans les cas d'anxiété importante.

Pour neutraliser les peurs chez l'enfant : le jeu du détective

En tant que parents, le premier réflexe qu'on développe face à l'angoisse de notre enfant est de vouloir le rassurer en le prenant dans nos bras ou en lui affirmant que « C'est pas grave, rien de mal ne t'arrivera, maman sera toujours là pour toi, il n'y a pas de danger... etc. » Et pourtant, malgré nos bonnes intentions, le rassurer nourrit son anxiété. Ça le convainc que sans nous, il n'a plus de moyens de combattre.

L'idéal est de l'amener à se rassurer lui-même, sans le réconforter. Il apprendra rapidement qu'il est capable d'être maître de ses émotions et de ses capacités à calmer ses esprits, peu importe s'il est avec des gens ou seul, peu importe l'environnement ou la situation dans lesquels il se trouve.

Une façon d'arriver à lui redonner de l'autonomie au niveau émotif est de pratiquer le jeu du détective. Il consiste à lui poser une série de questions qui lui fera réaliser par lui-même que ses peurs sont irréalistes ou qu'on peut y trouver des solutions ou encore qu'il doit lâcher prise puisqu'il n'y peut rien.

LES QUESTIONS SONT DU TYPE :

Est-ce que ça existe?

Est-ce que ça se peut?

Qu'est-ce qui risque de se passer si...?

Est-ce que c'est déjà arrivé à quelqu'un que tu connais?

Est-ce que ça t'est déjà arrivé?

Comment as-tu réagi?

Est-ce que c'était si grave?

Votre enfant doit arriver à trouver des solutions et à développer un réflexe de reconditionnement de la pensée pour se rassurer. Les questions les plus courtes et le processus de questions le plus court sont les plus efficaces. Dès qu'il a formulé la réponse que vous voulez entendre, vous cessez la série de questions et passez à autre chose, sans vous attarder davantage à ses peurs. S'il sent que vous n'y accordez pas d'importance, il réalisera que ça ne vaut pas la peine de s'en faire.

Le but est bien sûr de lui poser des questions qui le mèneront aux réponses rassurantes auxquelles vous vous attendez qu'il réponde. Certains enfants sont futés et tentent de se conforter dans leurs peurs le plus longtemps possible en essayant de vous coincer avec leurs réponses, mais il vous faudra alors être encore plus futés qu'eux et penser aux questions qui le mèneront dans un cul-de-sac. Il constatera que ses peurs sont soit irréalistes ou peuvent être vaincues.

Cet exercice désamorce et à la longue, l'enfant devrait développer le réflexe de se poser les bonnes questions pour dédramatiser lui-même. Cet exercice peut servir autant aux peurs communes à tous les enfants qu'à ceux qui souffrent d'anxiété généralisée et de pensées obsessives.

Voici quelques exemples

Exemple 1 :

- J'ai peur des monstres!

- Est-ce que ça existe les monstres? Est-ce que tu en as déjà vus?

Non.

Exemple 2 :

- J'ai peur qu'on se fasse voler.

- Est-ce que ça se peut?

- Oui.

- Y a-t-il quelque chose que tu peux faire pour l'éviter?

- Composer le 9-1-1 ou sortir rapidement par la fenêtre ou...

On peut alors l'aider à trouver différentes façons qu'il aurait de se sortir de cette situation.

Exemple 3 :

- J'ai peur que la maison passe au feu.

- Est-ce que ça se peut?

- Oui.

- Est-ce que c'est déjà arrivé à toi ou quelqu'un que tu connais?

- Oui, à nous.

- Est-ce qu'on a su quoi faire pour nous en sortir?

Oui.

Exemple 4 :

- J'ai peur qu'il y ait un tsunami.

- Est-ce que ça se peut ici, au Québec?

- Peut-être.

Non.

Dans ce genre de cas, on peut lui faire étudier le phénomène pour qu'il le comprenne davantage.

Exemple 5 :

- J'ai peur que tu meures

- Est-ce que ça se peut?

- Oui.

- Est-ce que c'est déjà arrivé à quelqu'un que tu connais de perdre ses parents?

- Non (ou oui ? Si oui, revoir comment l'enfant qu'il connaît s'en est sorti).

- Est-ce que ça arrive souvent dans la vie?

- Non, mais ça arrive des fois.

- Si ça arrivait, qu'est-ce que tu ferais?

- Je ne sais pas...

- Est-ce que tu mourrais?

- Non.



On peut aussi ajouter :

- Crois-tu que tu t'en sortirais? Crois-tu que des gens autour de toi seraient là pour t'aider?

- Oui. (si l'enfant répond non, on l'amène à comprendre qu'il ne serait pas laissé seul...)



Exemple 6 :

- J'ai peur des microbes. C'est pour ça que je me lave toujours les mains.

- Qu'est-ce qui pourrait t'arriver si tu cessais de te laver constamment les mains?

- Je pourrais attraper des maladies.

- Crois-tu que tu pourrais te guérir si ça arrivait?

- Oui (ou non).

- (Si non) Est-ce que c'est arrivé à beaucoup de gens que tu connais d'être morts parce qu'ils ne s'étaient pas lavé les mains?

- Non.

Exemple 7 :

- J'ai peur du sang.

- Pourquoi?

- Parce que j'ai peur d'attraper le Sida.

- Est-ce que c'est arrivé à beaucoup de gens que tu connais de mourir du Sida?

- Non. Mais ça pourrait m'arriver.

- Pourquoi à toi plus qu'à d'autres? Es-tu à risque?

- Non.



Vous pouvez revoir avec lui les risques d'attraper la maladie.

Exemple 8 :

- J'ai peur de mourir?

- Est-ce que ça se peut?

- Oui, le frère de mon ami s'est fait frapper par une voiture et est mort.

- Qu'est-ce que tu pourrais faire pour éviter que ça arrive?

- Bien regarder avant de traverser la rue... Mais si je mourais de maladie?

- Est-ce que tu y pourrais quelque chose?

- Je pourrais me battre pour combattre ma maladie.

- Tout à fait.

S'il répond « rien », c'est correct aussi. Il comprendra que dans la vie, on ne peut pas tout contrôler et qu'il faut accepter de vivre avec l'incertitude.

Dans tous les cas, il faut surtout éviter les « Meuh non, ça ne t'arrivera pas, tu ne seras pas malade, tu ne mourras pas, maman ne mourra pas, on ne se fera jamais voler... » Premièrement, il vous est impossible de prévoir l'avenir. De plus, si l'événement venait à se produire, l'enfant pourrait se sentir trahi en croyant que vous lui avez menti. Deuxièmement, il y a fort à parier qu'il ne soit pas du tout convaincu de ce que vous tentez de lui faire croire et que le fait qu'il sente que vous tentiez de le mener en bateau le rende encore plus instable.

Violaine Dompierre, édimestre Canal Vie
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