Ces enfants trop occupés

Nos souvenirs d'enfance sont remplis de balades à vélos, de soirées passées à jouer avec nos amis, de week-ends aux horaires flous et de « M'man, j'sais pas quoi faire! » lancés parfois en désespoir de cause les jours de pluie. Et que dire des étés... Bref, c'était la belle vie. Mais les temps ont changé. Maintenant, avec les deux parents qui travaillent à l'extérieur de la maison dans la plupart des cas, et la course quotidienne du métro-boulot-dodo et des devoirs, les temps libres sont rares. Nos fins de semaines sont souvent aussi remplies que nos semaines.
Comme si cela n'était pas assez, la tendance veut qu'on inscrive nos bambins, voire nos poupons, à une kyrielle d'activités éducatives et sportives. Bien que de plus en plus de parents osent se prononcer contre cette surcharge des agendas, plusieurs continuent de suivre la vague de plein gré ou non. Or, il n'est pas rare que les médecins reçoivent dans leur cabinet des enfants présentant tous les symptômes de l'épuisement. À une époque où on remet de plus en plus en question notre rythme de vie effréné, il est sain de se demander s'il est nécessaire d' « occuper » nos enfants à ce point alors qu'ils ont déjà des semaines bien remplies à la garderie ou à l'école. Est-ce que cette vie constamment structurée peut finir par causer des problèmes?
Remettre les pendules à l'heure
Dès leur entrée à la garderie, les enfants sont confrontés au stress : ils sont bousculés par la course du matin, ils évoluent 10 heures par jour dans un environnement bruyant où ils doivent faire leur place tout en apprenant à partager et à attendre leur tour. Avec l'entrée à l'école s'ajoute le stress lié à la performance scolaire et à la socialisation. Ce stress n'est pas nécessairement négatif. Il permet à l'enfant de s'adapter et de bâtir sa confiance en lui. Mais avant d'ajouter une activité de plus au calendrier hebdomadaire, il faut bien évaluer la situation.
Soyons clair : il n'y a rien de mal à inscrire notre enfant à des activités. Elles peuvent être saines et lui permettre de développer ses talents et ses habiletés. Il se peut que ce soit lui-même qui ait demandé d'y être inscrit.
Il y a un problème, par contre, si ces activités nuisent à la vie de famille ou si on sent que notre enfant réagit mal au stress qu'ajoute cette activité supplémentaire. Il devrait y prendre plaisir. Or, s'il n'a pas choisi l'activité, qu'elle lui a été imposée, il y a fort à parier que ce qui devrait être un loisir est en réalité fardeau.
« L'hyper-éducation »
Il faut se questionner sur les raisons qui poussent tant de parents à surcharger l'horaire de la famille entière, alors que les agendas débordent. Nous sommes dans une société de parents très concernés par le succès des enfants. De parents qui travaillent d'arrache-pied dans le but d'offrir à leur progéniture ce qu'ils n'ont pas eu. Mais nous nous y prenons mal. Nous appliquons trop souvent notre propre conception d'adulte pour décider ce qui constitue un loisir « valable ». Nous poussons nos enfants trop rapidement dans le chemin de la performance à tout prix. Nous croyons à tort que notre enfant est un vaisseau vide qu'il nous faut remplir à tout prix et le plus tôt possible et que « perdre son temps » est un péché capital.
On le sait, nos vies nous épuisent. Et à trop vouloir tout faire et tout avoir, on finit par oublier l'essentiel. Nous n'avons souvent plus l'énergie nécessaire pour nous occuper de « vrais » enfants, qui ont des besoins et des désirs d'enfants. En les forçant à maîtriser une langue seconde à 6 ans et le violon à 12 ans, n'essaie-t-on pas, inconsciemment, de les responsabiliser à un trop jeune âge et de les fondre à notre rythme de vie?
Le temps libre - une nécessité
Dans notre société hyper stimulée, l'ennui fait peur et est considéré comme un échec. Mais cette absence de temps morts et de périodes de jeu non dirigé prive l'enfant d'un atout essentiel : la créativité. L'enfant confronté à l'ennui doit apprendre à se divertir seul ou avec ses frères et soeurs. Et il faut de l'imagination et de la créativité pour y arriver. C'est aussi par ces périodes de temps libre qu'il découvre ses propres intérêts et développe sa capacité à résoudre des problèmes. Bref, qu'il apprivoise le monde.
Ici, comme ailleurs, il faut savoir donner l'exemple et prendre nous aussi des moments de répits et montrer à nos enfants qu'il est permis de ne rien faire. On se garde également du temps pour des activités toutes simples en famille : une soirée pizza-cinéma à la maison, une partie de cartes, une visite à la bibliothèque ou une petite balade dans les rues du quartier après le souper. L'important est de ne pas être à la course et de passer du bon temps ensemble.
Il faut essayer de se libérer des dictats de performance de notre société et adopter l'improvisation et le farniente. Il faut aussi se libérer de l'idée que l'ennui est nocif et que l'oisiveté est malsaine.
Il faut surtout redonner le droit à nos enfants d'être ce qu'ils sont : des êtres qui ne demandent qu'à jouer et s'amuser.
Caroline Bouffard, rédactrice Canal Vie
Comme si cela n'était pas assez, la tendance veut qu'on inscrive nos bambins, voire nos poupons, à une kyrielle d'activités éducatives et sportives. Bien que de plus en plus de parents osent se prononcer contre cette surcharge des agendas, plusieurs continuent de suivre la vague de plein gré ou non. Or, il n'est pas rare que les médecins reçoivent dans leur cabinet des enfants présentant tous les symptômes de l'épuisement. À une époque où on remet de plus en plus en question notre rythme de vie effréné, il est sain de se demander s'il est nécessaire d' « occuper » nos enfants à ce point alors qu'ils ont déjà des semaines bien remplies à la garderie ou à l'école. Est-ce que cette vie constamment structurée peut finir par causer des problèmes?
Remettre les pendules à l'heure
Dès leur entrée à la garderie, les enfants sont confrontés au stress : ils sont bousculés par la course du matin, ils évoluent 10 heures par jour dans un environnement bruyant où ils doivent faire leur place tout en apprenant à partager et à attendre leur tour. Avec l'entrée à l'école s'ajoute le stress lié à la performance scolaire et à la socialisation. Ce stress n'est pas nécessairement négatif. Il permet à l'enfant de s'adapter et de bâtir sa confiance en lui. Mais avant d'ajouter une activité de plus au calendrier hebdomadaire, il faut bien évaluer la situation.
Soyons clair : il n'y a rien de mal à inscrire notre enfant à des activités. Elles peuvent être saines et lui permettre de développer ses talents et ses habiletés. Il se peut que ce soit lui-même qui ait demandé d'y être inscrit.
Il y a un problème, par contre, si ces activités nuisent à la vie de famille ou si on sent que notre enfant réagit mal au stress qu'ajoute cette activité supplémentaire. Il devrait y prendre plaisir. Or, s'il n'a pas choisi l'activité, qu'elle lui a été imposée, il y a fort à parier que ce qui devrait être un loisir est en réalité fardeau.
« L'hyper-éducation »
Il faut se questionner sur les raisons qui poussent tant de parents à surcharger l'horaire de la famille entière, alors que les agendas débordent. Nous sommes dans une société de parents très concernés par le succès des enfants. De parents qui travaillent d'arrache-pied dans le but d'offrir à leur progéniture ce qu'ils n'ont pas eu. Mais nous nous y prenons mal. Nous appliquons trop souvent notre propre conception d'adulte pour décider ce qui constitue un loisir « valable ». Nous poussons nos enfants trop rapidement dans le chemin de la performance à tout prix. Nous croyons à tort que notre enfant est un vaisseau vide qu'il nous faut remplir à tout prix et le plus tôt possible et que « perdre son temps » est un péché capital.
On le sait, nos vies nous épuisent. Et à trop vouloir tout faire et tout avoir, on finit par oublier l'essentiel. Nous n'avons souvent plus l'énergie nécessaire pour nous occuper de « vrais » enfants, qui ont des besoins et des désirs d'enfants. En les forçant à maîtriser une langue seconde à 6 ans et le violon à 12 ans, n'essaie-t-on pas, inconsciemment, de les responsabiliser à un trop jeune âge et de les fondre à notre rythme de vie?
Le temps libre - une nécessité
Dans notre société hyper stimulée, l'ennui fait peur et est considéré comme un échec. Mais cette absence de temps morts et de périodes de jeu non dirigé prive l'enfant d'un atout essentiel : la créativité. L'enfant confronté à l'ennui doit apprendre à se divertir seul ou avec ses frères et soeurs. Et il faut de l'imagination et de la créativité pour y arriver. C'est aussi par ces périodes de temps libre qu'il découvre ses propres intérêts et développe sa capacité à résoudre des problèmes. Bref, qu'il apprivoise le monde.
Ici, comme ailleurs, il faut savoir donner l'exemple et prendre nous aussi des moments de répits et montrer à nos enfants qu'il est permis de ne rien faire. On se garde également du temps pour des activités toutes simples en famille : une soirée pizza-cinéma à la maison, une partie de cartes, une visite à la bibliothèque ou une petite balade dans les rues du quartier après le souper. L'important est de ne pas être à la course et de passer du bon temps ensemble.
Il faut essayer de se libérer des dictats de performance de notre société et adopter l'improvisation et le farniente. Il faut aussi se libérer de l'idée que l'ennui est nocif et que l'oisiveté est malsaine.
Il faut surtout redonner le droit à nos enfants d'être ce qu'ils sont : des êtres qui ne demandent qu'à jouer et s'amuser.
Caroline Bouffard, rédactrice Canal Vie
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