Homéo, chiro, doc & cie
Chiropractie
Mardi 22 septembre 2009 à 4h
La chiropratique est au coeur d'un étrange paradoxe : de toutes les médecines alternatives et complémentaires, elle est certainement la plus « officielle ». Les chiros sont formés à l'Université, leur profession est réglementée et encadrée et un ordre professionnel protège le public contre d'éventuels « charlatans ». Sans oublier que la chiropratique a probablement été l'une des premières approches alternatives à se faire connaître au Québec.

Cela dit, malgré l'existence d'un ordre professionnel des chiropraticiens et d'un programme de formation universitaire très rigoureux, les chiropraticiens québécois évoluent encore dans un système de santé parallèle. Cela s'explique en partie par la prétention de la chiropratique d'être une médecine à part entière, de pouvoir faire des diagnostics et de pouvoir traiter à peu près toutes les maladies. Une prétention que n'entérine pas la médecine moderne.


Les chiropraticiens québécois sont exclus des hôpitaux, des centres de réadaptation, de certaines cliniques de médecine sportive et de bien d'autres lieux où leur expertise pourrait être mise à contribution pour le bien-être des patients. À cette exclusion s'ajoute la méfiance d'une grande partie de la population qui porte un regard soupçonneux sur la chiropratique. On se méfie des craquements trop brusques, des frais abusifs, des contrats à long terme : la liste est longue. Mais pourquoi les chiropraticiens ont-ils si mauvaise presse? Et pourquoi sont-ils exclus de notre système de santé? Ce sont des questions auxquelles nous tentons de répondre dans ce nouvel épisode de Homéo, chiro, doc et cie.
Patrick Freud, chiropraticien, nous explique les grands principes de cette discipline et de ses applications. Raymonde Gagné est une patiente du Dr Freud, elle nous dit comment la chiropratique l'a aidée à régler son problème d'étourdissement, un problème pour lequel la médecine conventionnelle n'a rien pu faire.

La guerre entre les chiros et les médecins ne date pas d'hier. Et elle ne semble pas près de se terminer. Heureusement, certains chiropraticiens travaillent d'arrache-pied à faciliter la réconciliation avec la médecine. C'est le cas du Dr Marc Drolet, un chiropraticien de la région de Québec, fondateur de la Clinique du dos. Le Dr Drolet a fait de la collaboration médecin-chiro son cheval de bataille. Les médecins auraient tout avantage selon lui à référer davantage leurs patients en chiropratique pour traiter des maux de dos, de nuque et de tête, problèmes pour lesquels la chiropratique a depuis longtemps démontré son efficacité. Mais cette collaboration ne doit pas être unidirectionnelle : il est selon lui inacceptable que les chiropraticiens ne réfèrent pas davantage leurs patients en médecine quand leur condition médicale le nécessite. Le Dr Drolet nous explique qu'un mal de dos peut cacher un problème plus profond, comme un cancer de la prostate ou une grossesse ectopique. Devant de telles situations, le Dr Drolet réfère automatiquement son patient en médecine générale. Nous rencontrons le Dr Drolet à sa clinique, avec son patient Luc Dufour, qui lui a été référé pour un mal de dos par un omnipraticien, le Dr Bernard Boutet. En entrevue avec nous à sa clinique de Pintendre, ce dernier nous explique qu'il n'a aucune réticence à référer ses patients en chiropratique pour traiter des maux de dos, puisque les chiropraticiens ont selon lui une excellente formation pour traiter les pathologies musculo-squelettiques. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est exceptionnel que des chiropraticiens et des médecins travaillent dans une telle collaboration.

Homéo, chiro, doc et cie visite une autre clinique médicale où la chiropratique et la médecine cohabitent dans l'harmonie : le Centre chiro-médic, à Laval. Cette clinique a été mise sur pied cette année par le Dr Francis Fontaine, un médecin qui a suivi un cheminement des plus inusités. Le Dr Fontaine a débuté sa carrière comme chiropraticien, avant de faire le saut vers la médecine. Le Dr Fontaine nous raconte que c'est la fermeture entre les médecins et les chiropraticiens qui l'a amené à retourner sur les bancs d'école pour faire le pont entre les deux approches. En sortant de la Faculté de médecine, il s'est empressé de réaliser son rêve : ouvrir un centre médical regroupant chiros et médecins sous un même toit. Homéo, chiro, doc et cie visite cette clinique unique en son genre, rencontre le chiropracticien Martin Lafrenière et lui parle de sa collaboration avec le Dr Fontaine.

Nous y rencontrons notamment Normand Charbonneau, un dessinateur à la retraite qui a connu d'importants problèmes de tunnel carpien, ce qui lui causait des engourdissements dans les deux mains. C'est la chirurgie qui attendait M. Charbonneau avant qu'il ne décide de tenter sa chance avec le Dr Lafrenière, chiropraticien au centre Chiro-médic. La collaboration entre le Dr Lafrenière et le Dr Fontaine a permis à M. Charbonneau d'éviter la chirurgie. Pour le Dr Fontaine, il s'agit là d'un excellent exemple des succès de la collaboration médecin-chiro.

Les chiropraticiens sont surtout connus pour leur expertise dans le traitement des problèmes musculo-squelettiques. Mais il semble que d'autres problèmes de santé puissent être traités par la chiropratique, comme les otites par exemple.

Jusqu'à tout récemment, il y avait peu de recherches scientifiques en chiropratique. C'était l'une des sources de méfiance des médecins. C'est maintenant chose du passé. Aujourd'hui, les chercheurs en chiropratique sont de plus en nombreux et les résultats de leurs recherches commencent à corroborer cette approche thérapeutique.

Au Québec, la recherche en chiropratique est encore jeune, mais elle est très active, comme nous le constatons lors de notre passage au département de chiropratique de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Nous y rencontrons le chercheur Martin Descarreaux qui nous présente les projets de recherche sur lesquels il travaille présentement.

Le premier projet s'intéresse au traitement des accidentés de la route ayant subi un coup de fouet cervical. Le second porte sur le développement de mannequins facilitant l'apprentissage des étudiants en chiropratique, qui pourront y pratiquer leurs manipulations vertébrales : une première mondiale! Enfin, le troisième projet est davantage axé sur l'intégration : il vise à vérifier l'efficacité de l'ajout d'un programme d'exercice aux traitements chiropratiques standards pour les douleurs lombaires et cervicales. Au cours de cette visite au laboratoire, nous rencontrons un patient qui a participé à l'un de ces projets de recherche et qui nous fait part de son expérience.

Homéo, chiro, doc et cie essaie aussi de comprendre pourquoi la chiropratique ne réussit pas à s'intégrer davantage au système de santé public québécois. Nous en discutons notamment avec le professeur André Bussières qui nous explique que le système québécois traîne de la patte par rapport aux autres provinces ou à des États américains où la chiropratique est beaucoup mieux intégrée au système de santé.

Pour le Dr Bussières, c'est un étrange paradoxe que le Québec ait investi tant d'efforts et d'argent dans la création d'un ordre professionnel et d'un programme de formation universitaire en chiropratique, mais qu'il limite en même temps le développement de la chiropratique. Un exemple? Pourquoi les bénéficiaires de la SAAQ et de la CSST doivent-ils encore passer par l'intermédiaire d'un médecin pour consulter un chiro? Pour les chiropraticiens, il s'agit là d'une aberration. Nous discutons aussi de ces questions avec Jacques Duranceau, physiatre et le Dr Normand Danis, président de l'ordre des chiropracticiens du Québec. Il nous explique comment le public est protégé par l'ordre et surtout par l'excellente formation exigée aujourd'hui par les chiropraticiens. Ce dernier est d'avis que le système public québécois aurait tout avantage à tirer davantage profit des chiropraticiens qui sont d'excellents intervenants dans le traitement des problèmes musculo-squelettiques. Nous discutons aussi avec ces intervenants de la « guerre » entre les médecins et les chiros, et nous tentons de comprendre pourquoi les chiros ont si mauvaise presse.

La chiropratique suscite aussi d'autres controverses. La plus importante d'entre elles porte sur les manipulations cervicales utilisées par les chiropraticiens et qui pourraient, selon certains, créer un ACV et entraîner d'importants problèmes de santé. C'est une situation rare, mais qui inquiète les neurologues. Nous en discutons avec le Dr Martin Veilleux, président de l'Association des neurologues du Québec, qui partage avec nous ses réticences face à la chiropratique pour le traitement des migraines.

Pour ou contre la chiropratique? Homéo, chiro, doc et cie ne tranche certainement pas ce brûlant débat, et ce n'est pas son intention. Mais au fil de nos rencontres avec des chiropraticiens et des médecins ouverts d'esprit, qui ont choisi de sortir de cette guerre pour mieux servir les patients, nous jetons un éclairage nouveau sur cette approche thérapeutique encore méconnue.
À propos de l'émission
Avec cette nouvelle série documentaire, animée par Pascale Tremblay, Canal Vie se propose d'être l'un des premiers témoins de la naissance d'une nouvelle complémentarité entre deux éternels rivaux : la médecine traditionnelle et la médecine alternative. Le téléspectateur pourra ainsi explorer les cinq disciplines les plus connues en médecine alternative et être mieux outillé pour prendre des décisions face aux soins qu'il désire s'accorder.
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