Dimanche 8 mai 2011
à 5h
Au Québec, l'ostéopathie est l'une des médecines douces qui gagne le plus rapidement en popularité. Nous comptons environ 200 ostéopathes dûment inscrits au Registre des ostéopathes du Québec, et beaucoup d'équipes sportives, d'athlètes olympiques et même d'artistes de la scène ne pourraient se passer de leurs services.
Malgré tout, elle est encore bien méconnue. Gare aux préjugés : l'ostéopathie n'a rien à voir avec la vieille science du « ramanchage » ou une quelconque thérapie des os, comme son nom pourrait porter à le croire. Il s'agit plutôt d'une discipline extrêmement sérieuse, qui s'intéresse au corps dans sa globalité et qui est essentiellement basée sur des manipulations manuelles.
Dans cet épisode, Homéo, Chiro, doc et cie... fait le point sur la pratique de l'ostéopathie au Québec, encore inconnue il y a une vingtaine d'années. Nous nous penchons aussi sur la place que fait le système médical à cette discipline. Une place qui n'est pas encore très grande, il faut bien l'avouer.
Au Québec, l'ostéopathie s'est d'abord fait connaître chez les danseurs qui souffrent très fréquemment de blessures musculo-squelettiques, comme en témoigne cette histoire. Dans les faits, la danse a été l'une des premières formes d'intégration entre médecine traditionnelle et ostéopathie.Malgré tout, elle est encore bien méconnue. Gare aux préjugés : l'ostéopathie n'a rien à voir avec la vieille science du « ramanchage » ou une quelconque thérapie des os, comme son nom pourrait porter à le croire. Il s'agit plutôt d'une discipline extrêmement sérieuse, qui s'intéresse au corps dans sa globalité et qui est essentiellement basée sur des manipulations manuelles.
Dans cet épisode, Homéo, Chiro, doc et cie... fait le point sur la pratique de l'ostéopathie au Québec, encore inconnue il y a une vingtaine d'années. Nous nous penchons aussi sur la place que fait le système médical à cette discipline. Une place qui n'est pas encore très grande, il faut bien l'avouer.
New York, automne 2004
Les Ballets Jazz de Montréal interprètent la chorégraphie Mapa, du brésilien, Monsieur Pedro Pederneiras. Soudain, en atterrissant d'une pirouette, la danseuse, Madame Francine Liboiron, sent un craquement dans son genou. Elle dansera jusqu'au bout et personne dans la salle du Joyce Theatre ne s'en rendra compte.
De retour à Montréal, elle consulte le médecin-ostéopathe, Monsieur Roger Hobden, « nounou » attitrée de tous les danseurs montréalais depuis 25 ans. Le docteur Hobden est l'un des rares médecins qui pratiquent aussi l'ostéopathie. « J'ai commencé à m'intéresser à l'ostéopathie à cause de mes patients danseurs qui souffraient de problèmes musculo-squelettiques. J'avais beau les référer à divers spécialistes, ils ne pouvaient rien pour eux et bien souvent ne croyaient même pas à leurs douleurs ».
Le docteur Hobden n'utilise jamais l'ostéopathie comme traitement unique, mais toujours en complémentarité avec les traitements et les outils de la médecine moderne. Dans le cas de Madame Liboiron, il a recommandé un examen de résonance magnétique. Diagnostic : ménisque déchiré dans le genou. Une intervention chirurgicale s'imposait. Outre les séances de physiothérapie, Francine a consulté l'ostéopathe une fois par semaine. À peine sept semaines plus tard, la danseuse remontait sur scène. « Le soir du spectacle, j'étais rétablie à 80 %. J'ai travaillé très fort... » Francine Liboiron et le docteur Hobden nous expliquent leur collaboration et les raisons pour lesquelles cette approche combinée (médecine-ostépathie-physiothérapie), est efficace.
Pas besoin d'être danseur ou athlète pour consulter un ostéopathe. Une grande partie de la clientèle de Monsieur Pierre Gagnon, est composée de sportifs du dimanche. Des gens qui s'entraînent quelques fois par semaine pour se tenir en forme, qui font du vélo toutes les fins de semaine et qui, graduellement, finissent par développer toutes sortes de petits malaises aux genoux, aux coudes, aux épaules.
C'est le cas de Madame Suzanne Lemerise, 66 ans, qui a développé un problème aux genoux, il y a cinq ans. Cette semi-retraitée active est une adepte du vélo et du ski de fond. Avec l'âge, les petites blessures, comme l'inflammation des bandelettes du genou dont elle souffre, guérissent moins vite. Même si elle voyait un ostéopathe à l'occasion depuis une bonne vingtaine d'année, elle a d'abord fait trois ans de physiothérapie pour tenter de soigner ses genoux, mais sans succès. Elle consulta alors Monsieur Pierre Gagnon, lui-même amateur de vélo, qui a découvert le problème. Mais, comme dit Madame Lemerise avec philosophie : « Mon état s'est amélioré, mais pas à 100 % et il est évident que même avec l'ostéopathie, je ne retrouverai pas la jeunesse!
Suzanne n'a pas été référée par un médecin, mais plusieurs des patients de Pierre Gagnon le sont. Il nous parle de sa collaboration encore timide avec les médecins.
De fait, les médecins sont encore réticents à référer leurs patients vers l'ostéopathie. Et parmi ceux qui le font, rares sont ceux qui veulent en témoigner. Le docteur André Roy, physiatre dans plusieurs hôpitaux et centres de réadaptation, lui, accepte d'en parler. Monsieur Roy, qui est aussi directeur médical de la clinique du sport de l'Université de Montréal, intervient auprès d'athlètes, mais surtout auprès des accidentés de la route et du travail, des gens souffrant de maux de dos divers et des victimes d'amputation. Il réfère très souvent ses patients à des ostéopathes. « Il y a des limites à ce que la médecine moderne peut faire pour les problèmes de dos, par exemple. Et je trouve que l'association physiothérapie et ostéopathie donne de très bons résultats ». Il nous explique qu'en tant que médecin spécialiste, il a besoin de se baser sur une certaine littérature pour se diriger vers une approche alternative et que dans le domaine musculo-squelettique, l'ostéopathie a fait ses preuves et est fort documentée par des recherches très sérieuses.
Les dentistes et orthodontistes s'intéressent aussi à l'ostéopathie. L'ostéopathe, Madame Isabelle Hue, qui était dentiste en France avant de venir s'établir ici, travaille très souvent avec le docteur Van Becelaere, orthodontiste. Ensemble, ils tentent de corriger les problèmes de dentition des enfants, de manière plus douce qu'avec les appareils que que nous connaissons.
À huit ans, Benjamin Alloun, souffre d'un problème à la mâchoire inférieure : elle est trop avancée par rapport à sa mâchoire supérieure. Sa maman l'emmène voir l'ostéopathe, Madame Hue, qui le réfère au docteur Van Becelaere. Le moulage qu'il fera des dents de Benjamin est éloquent : les palettes du bas devancent celles du haut par un bon demi-centimètre.
Dans une ancienne vie, le docteur Van Becelaere aurait tout de suite sorti l'artillerie lourde, comme l'appareil de traction extra-orale (mieux connu sous le nom de hear gear). Deux années d'études en ostéopathie lui ont fait voir les choses différemment. Le head gear donne des résultats rapides, certes. Le problème, c'est qu'il exerce 500 grammes de pression sur les deux premières vertèbres cervicales. Vaut-il la peine de développer un torticolis ou une scoliose pour avoir des dents droites?
Pour Benjamin, le docteur Van Becelaere a privilégié une approche plus douce. Au début, le traitement se limite au port nocturne d'une prothèse de caoutchouc. De son côté, l'ostéopathe propose à Benjamin une série d'exercices quotidiens pour rééduquer les muscles des mâchoires et de la langue, qui s'étaient adaptés à la difformité de la bouche. Peu à peu, l'occlusion de Benjamin devient normale : les moulages (2001, 2004, 2006) sont là pour le prouver. Oui, c'est plus long, mais l'enfant n'a pas subi ni traumatismes ni compressions des tissus. Le docteur Van Becelaere, Isabelle Hue et la maman de Benjamin nous racontent leur histoire et nous expliquent le processus qui a mené au rétablissement de l'enfant.
Les succès de l'ostéopathie sont de plus en plus reconnus dans les domaines musculo-squelettique et crânien. Mais cette discipline étend aussi son champ d'action au niveau viscéral, ce qui est beaucoup moins apprécié, voire contesté par la médecine moderne. « Les gens viennent me voir autant pour des problèmes de digestion, d'asthme, de SPM que pour des suivis de grossesse », affirme l'ostéopathe, Madame Nathalie Camirand. La Clinique Camirand-Muzzi accueille beaucoup de femmes aux prises avec des problèmes de SPM, de fertilité et d'endométriose.
C'est le cas de Madame Nancy Dumais, qui consulte depuis des années pour ce type de problème. Entre l'âge de 24 et 31 ans, elle a subi sept opérations en milieu hospitalier pour tenter de la débarrasser de ses problèmes d'endométriose. Elle tentait en même temps de devenir enceinte. Sa septième opération allait être sa dernière : sa gynécologue lui annonçant que la médecine ne pouvait plus rien pour elle. C'est alors qu'elle consulte Madame Camirand. Son endométriose n'est pas disparue pour autant, mais les douleurs se sont apaisées. Elle consulte encore aujourd'hui pour le même problème et entre temps elle a donné naissance à deux enfants.
« Pour les douleurs liées à l'endométriose, comme pour les problèmes de SPM et certains autres malaises viscéraux, l'ostéopathie a démontré une certaine efficacité », affirme le docteur Hobden. « D'autant plus que ce sont des problèmes difficiles à régler. Mais, pour ce qui est de la fertilité, rien n'est moins certain », poursuit-il. « Les problèmes de fertilité sont complexes et même la médecine moderne ne peut pas toujours les résoudre ».
Les réserves face à l'ostéopathie par le milieu médical s'expliquent à la fois par la jeunesse de cette discipline au Québec et par le fait qu'elle n'est pas encore reconnue comme une profession ici. Le collège d'études ostéopathiques (CEO) fête ses 25 ans cette année. Son co-fondateur,Monsieur Philippe Druelle, y enseigne encore. Véritable père de l'ostéopathie au Québec, ce Français d'origine, transmet sa passion aux étudiants et nous explique les fondements de cette approche thérapeutique encore méconnue ici.
Au CEO, les étudiants doivent mener un projet de recherche et rédiger une thèse à la fin de leurs études. Hors de ces murs, la recherche en ostéopathie est quasi-inexistante au Québec, alors qu'elle est foisonnante aux États-Unis et en Europe. En 2003, Monsieur Yves Boisvert était finissant au CEO. Son hypothèse de recherche : des traitements ostéopathiques pourraient améliorer la qualité de vie et la formule sanguine d'enfants atteints de leucémie. Pour la réaliser, il a fait appel au docteur Albert Moghrabi, pédiatre-oncologue à l'Hôpital Sainte-Justine, de Montréal. C'est une première : au Québec, jamais un ostéopathe n'a mené un projet de recherche en milieu hospitalier. Bien que le protocole ait suivi toutes les règles édictées par le comité d'éthique de l'établissement, les résultats seront peu concluants. Monsieur Boisvert estime que le nombre de sujets était insuffisant.
Pierre Gagnon, l'ostéopathe des sportifs du dimanche, s'apprête de son côté à étudier un problème courant chez les coureurs. L'inflammation des tendons de l'abdomen qui causent des crampes importantes et gêne le mouvement et la respiration. Sa recherche portera sur 84 cas, ce qui est une cohorte importante pour ce genre d'études. Il tentera de savoir si l'ostéopathie peut soulager ce type de problèmes.
Depuis la création du CEO, une multitude d'écoles d'ostéopathie ont vu le jour. « Beaucoup d'entre elles offrent une formation Mickey Mouse d'une fin de semaine », estime le docteur Roger Hobden. Comment s'assurer que son ostéopathe a reçu une formation sérieuse? « Demandez-lui de quelle école il est diplômé », répond Madame Nathalie Viau, du Registre des Ostéopathes du Québec (ROQ). Selon elle, à part le CEO, il n'existe qu'une seule école valable: le Centre ostéopathique du Québec (COQ). Nous pouvons aussi vérifier si le praticien est membre du ROQ, qui accueille les diplômés de ces deux écoles.
Le ROQ a déposé une demande de reconnaissance à l'Office des professions du Québec. Pour l'instant, l'absence de réglementation laisse le champ libre aux charlatans de tout acabit. Puisque les manipulations d'ostéopathie se font en douceur, nous risquons surtout d'y alléger notre portefeuille!
Mais, en 2001, un drame survient. Le 3 avril, Madame Émilie Pigeon, alors âgée de 22 ans, consulte un thérapeute qui s'affiche comme ostéopathe pour des douleurs grippales. Au retour, elle raconte à sa mère qu'elle peut maintenant bouger le cou. Le surlendemain, son copain la retrouve inconsciente, l'écume à la bouche. Quand elle sort du coma, elle est paralysée de la tête aux pieds, incapable de parler.
Le temps de se remettre du choc, la famille intente une poursuite civile de plus de deux millions de dollars contre cet ostéopathe qui n'avait aucun diplôme, ni formation sérieuse. Puisqu'il a fermé boutique depuis, il n'est plus couvert par son assurance-responsabilité. Madame Joane Parent, la mère d'Émilie, et Me Jean-Pierre Ménard nous racontent ces événements et nous expliquent les raisons pour lesquelles ils ont intenté une poursuite. La cause sera entendue en 2008.
Malgré tout, il faut se rassurer, il y a peu de dangers à consulter un ostéopathe. Mais comme c'est le cas dans toutes les approches alternatives, il faut faire preuve de prudence et de discernement. Les ostéopathes soutiennent qu'ils peuvent traiter toute une gamme de pathologies, en plus des problèmes musculo-squelettiques, comme des problèmes des systèmes digestif, vasculaire et neurologique. De là à voir l'ostéopathie comme une panacée universelle, il n'y a qu'un pas. Attention : l'ostéopathie ne peut pas, et ne prétend pas, soigner les maladies dégénératives, génétiques ou infectieuses. Ainsi, devant les cas de cancer, sida, fibrose kystique, tuberculose et bien d'autres, l'ostéopathe s'avère impuissant. Il faut donc chercher ailleurs pour espérer une guérison.
À propos de l'émission
Avec cette nouvelle série documentaire, animée par Pascale Tremblay, Canal Vie se propose d'être l'un des premiers témoins de la naissance d'une nouvelle complémentarité entre deux éternels rivaux : la médecine traditionnelle et la médecine alternative. Le téléspectateur pourra ainsi explorer les cinq disciplines les plus connues en médecine alternative et être mieux outillé pour prendre des décisions face aux soins qu'il désire s'accorder.
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