Naturopathie
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Dimanche 24 avril 2011 à 5h
En vertu de leur code de déontologie, les médecins ne peuvent prescrire que des traitements reconnus par la science moderne. Or, les produits naturels ont rarement fait l'objet de recherches scientifiques poussées. Mais mener des études cliniques rigoureuses sur des produits naturels de santé n'est pas de tout repos. Il faut s'assurer que la vie des patients n'est pas menacée, que les produits utilisés sont de bonne qualité et de qualité constante. Il faut aussi composer avec des budgets de recherche minimes par rapport à ceux de l'industrie pharmaceutique. Entre une population avide de thérapies parallèles et un corporatisme soucieux de protéger le public contre les charlatans, plusieurs frictions sont à prévoir. Vers où allons-nous : confrontation ou intégration?
En août 2004, Madame Lili Monnier commence sa descente aux enfers : « Je perdais le contrôle; j'ai eu peur », raconte-elle. Diagnostic : dépression à laquelle s'ajoutait les premiers symptômes de la ménopause. Devant son refus de prendre des antidépresseurs, son médecin lui recommande le millepertuis, un produit naturel dont les vertus anti-dépressives ont été démontrées, mais qui est encore peu utilisé ici. En Allemagne par contre, il est prescrit comme antidépresseur plus souvent que les médicaments classiques.

Le médecin de Lili Monnier complète le traitement avec des tisanes à base de céréales et de plantes. « C'est une omnipraticienne qui pratique une approche holistique », dit-elle. Cela ne l'empêche nullement d'avoir recours aux « vrais » médicaments : elle prescrit donc à Lili un somnifère tout droit sorti des laboratoires pharmaceutiques. Peu à peu, Madame Monnier remonte la pente. En mai 2005, elle reprend le travail à temps plein.

Nous rencontrons le docteur François-Guy Doré du Centre d'Intégration somatosophique à Montréal, qui offre, en plus de la médecine moderne, des services d'homéopathie, d'acupuncture, de chiropratique et de psychothérapie. Pratiquant aussi la naturopathie et l'homéopathie, il est sous haute surveillance par le Collège des médecins, qui n'attend qu'un faux pas de sa part pour lui retirer sa licence de pratique.

Pourquoi? Parce qu'en vertu de leur code de déontologie, les médecins ne peuvent prescrire que des traitements reconnus par la science moderne. Or, les produits naturels ont rarement fait l'objet de recherches scientifiques poussées.

Pour le docteur François-Guy Doré, cette consigne est restrictive : « Si quelqu'un arrive dans mon bureau avec une bronchite, je le soigne aux antibiotiques sans hésiter. Mais dans des cas où le problème de santé n'est pas aussi clair ou dans les cas où tous les traitements classiques ont été essayés, je crois qu'il est de mon devoir de soulager le patient au meilleur de mes connaissances ». Le docteur Doré nous explique les produits avec lesquels il obtient de bons résultats, ceux qui sont moins efficaces et ceux qui pourraient être intéressants à l'avenir.

C'est ainsi qu'il a traité Madame Suzanne Roy. Victime de migraines lancinantes contre lesquelles elle a testé tout l'attirail des médicaments, elle s'est finalement retrouvée dans le bureau du docteur Doré. Son ordonnance? Un régime alimentaire strict doublé de vitamines B2. Le traitement a donné de bons résultats. « Il n'y a pas de traitement unique et magique en naturopathe. Les traitements non conventionnels fonctionnent bien pour certains et moins bien pour d'autres. Il faut d'abord traiter le patient et non pas la maladie, c'est ce qui fait parfois la différence ». Monsieur Doré en profitera pour faire le point sur les propriétés de la vitamine B12 et autres traitements « non reconnus ».

Traitement non reconnus, c'est ainsi que le Collège des Médecins du Québec nomme toutes les approches qui n'ont pas de fondements scientifiques. Le Collège, nous le savons, n'a jamais été très tendre envers les thérapies alternatives et complémentaires. Mais il vient de franchir un pas de géant cette semaine. En conférence de presse, le Collège rendait public sa nouvelle position à cet égard, comme nous l'explique le secrétaire de cette vénérable institution, le Dr Yves Robert. « Ce que nous disons, c'est que les médecins doivent continuer à respecter leur code de déontologie, mais qu'ils doivent s'ouvrir aux traitements non reconnus s'ils font l'objet de projets de recherche ou si des études démontrent leur efficacité ». 

Docteur Robert en profite pour nous dire pourquoi le Collège s'oppose toujours à la reconnaissance de la naturopathie, contrairement à ce qui se passe en Ontario et dans l'Ouest canadien. Ce qui laisse la place ouverte à tous les charlatans de ce monde.

La psychiatre, Madame Marie-Josée Filteau, sort, à l'occasion, des sentiers battus. Avec certains de ses patients, il lui arrive de recommander le millepertuis pour soulager leurs symptômes de dépression. « Très souvent, les patients refusent de prendre des antidépresseurs et préfèrent les produits naturels, mais ce n'est pas toujours possible. Nous avons recours au millepertuis, par exemple, en fin de traitement, ou lorsque les effets secondaires sont trop importants. Je dois être très vigilante par rapport à mon code d'éthique, en m'assurant que le patient n'a pas d'idées suicidaires, explique-t-elle. S'il se suicidait, je pourrais être accusée de l'avoir mal soigné. »

Contrairement à ses collègues, le docteur Jean Drouin, ne craint pas de dire haut et fort qu'il a recours aux produits naturels. Le docteur Drouin, un spécialiste de l'andropause et de la médecine familiale, a été l'un des premiers médecins au Québec à s'intéresser à l'intégration des MAC. « Nous avons tendance à oublier que les premiers colons et les autochtones se soignaient avec des plantes. Nous profitons aujourd'hui de plusieurs possibilités pour soigner les gens, pourquoi se limiter aux médicaments classiques? ». Il a lui-même recours au millepertuis, la glucosamine, l'échinacée, la valériane etc. « L'idéal pour moi, c'est la prévention et les produits naturels sont très efficaces pour ça ». Il nous explique aussi ce que la science sait à ce jour des produits qui sont reconnus.

Après un baccalauréat en biologie et une maîtrise en nutrition, Madame Roseline Gagnon a décidé d'entreprendre des études de naturopathie, malgré son conseiller pédagogique qui la décourage de se mêler à ces « charlatans ». Emballée par ce qu'elle y apprend, Roseline constate toutefois les lacunes de cette formation : « Le cours de vitaminothérapie se donnait en une fin de semaine! Les autres étudiants n'y comprenaient rien. Pas étonnant : le pré-requis pour entrer à l'école est un secondaire cinq! » En Ontario, c'est l'équivalent d'un baccalauréat universitaire qu'il faut compléter pour être accepté au Canadian College of Naturopathic Medicine.

Roseline Gagnon nous fait pénétrer dans le bureau d'une « vraie » naturopathe et en profite pour nous expliquer que son rôle premier est d'évaluer l'alimentation et le mode de vie de son patient : « Je recommande les suppléments ou les produits naturels en dernier recours seulement » Elle nous explique aussi la différence entre un naturopathe et un naturothérapeute.

L'une de ses patiente nous explique qu'elle a commencé à consulter Madame Gagnon pour des douleurs musculaires que les médecins n'arrivaient pas à identifier, ni à traiter. Un changement complet de son alimentation et de son mode de vie a permis de corriger la situation.

Une fois par semaine, Roseline Gagnon rencontre certaines de ses collègues pour échanger sur la profession. « Ces rencontres nous permettent de parler de nos protocoles de traitement, d'échanger nos expériences et nos informations. Cela nous évite de travailler en vase clos et nous permet de demeurer ouverts sur les récentes découvertes ». Roseline Gagnon collabore aussi avec des médecins à qui elle réfère des patients ou qui, à l'inverse, lui envoient des patients. Ces médecins ont cependant refusé de nous accorder une entrevue, encore une fois à cause de la menace que le Collège des médecins fait peser sur eux.

Elle enseigne également à l'une des écoles de naturopathie « sérieuse ». Elle nous fait une analyse de la formation et des associations qui regroupent les naturopathes. 

Nous l'avons compris, l'intégration entre médecin et naturopathe est extrêmement difficile pour le moment. Cependan, celle entre pharmacien et naturopathe est beaucoup plus harmonieuse. Par obligation ou par choix, les pharmaciens se sont ouverts aux produits naturels que leur réclamaient leurs clients et certains en ont découvert les vertus.

Monsieur Jean-Yves Dionne, pharmacien et apothicaire, incarne à lui seul cette intégration. Longtemps propriétaire d'une pharmacie à Rawdon, il s'est très tôt intéressé aux produits naturels. Bien sûr, les pharmaciens ne prescrivent pas de médicaments et ne peuvent remplacer les ordonnances, mais ils peuvent soulager plusieurs problèmes de santé et surtout conseiller les clients sur tous les produits en vente libre. « Les gens croient souvent que parce qu'un produit est naturel, il n'est pas dangereux. C'est faux. Tous les produits, naturels ou non, ont un effet sur la chimie du corps humain. Et nous ne pensons pas que le mélange peut être dangereux ».

Aujourd'hui consultant indépendant, Jean-Yves Dionne met en pratique cette intégration dans sa vie quotidienne. Il habite à la campagne, profite du grand air, d'une saine alimentation et avec ses trois enfants, développe de bonnes habitudes de vie. Il nous ouvre les portes de sa maison et de sa pharmacie personnelle où nous trouvons aussi bien de l'échinacée pour prévenir les rhumes que du Tempra, pour faire tomber la fièvre des enfants.

Avec lui, nous allons aussi dans une pharmacie pour constater la panoplie de produits disponibles et la confusion qui peut en découler. Au Canada, nous trouvons plus de 50,000 produits de santé naturels (PSN). Baptisés de noms savants, certains disent posséder de nombreuses vertus, mais comment s'en assurer?

En janvier 2004, Santé Canada a décidé de mettre de l'ordre dans ce marché anarchique. Pour avoir le droit de vendre ses comprimés, le fabricant doit maintenant fournir à l'État une liste de renseignements : les ingrédients actifs ou non-actifs, les effets sur la santé basés sur des faits mesurables, etc. En cas de doute, le produit est retiré des tablettes. Les fabricants ont jusqu'en 2009 pour s'y conformer. Le pharmacien et apothicaire Jean-Yves Dionne nous explique comment déchiffrer les étiquettes des PSN. Il nous donne aussi des exemples de produits que nous pouvons trouver « farfelus », comme le bois de velours. Il nous dit que sans être dangereux, ces produits n'ont fait l'objet d'aucune étude sérieuse.

À l'Université de Montréal, la Faculté de pharmacie offre maintenant un cours sur les PSN. Le docteur Jean-Louis Brazier, chercheur en pharmacie, est l'un des enseignants. Il nous explique en quoi consiste son cours, il nous ouvre les portes de l'une de ses classes et nous fait rencontrer ses étudiants. L'un des objectifs du cours est de permettre aux étudiants de scruter la littérature scientifique pour évaluer l'efficacité et l'innocuité de produits populaires comme l'échinacée, la glucosamine ou le millepertuis. 

Monsieur Brazier, nous parle des produits les plus populaires et les plus prometteurs.

Les futurs pharmaciens n'ont pas le choix de s'ouvrir à cette réalité : ce marché prend de l'ampleur et ces futurs pharmaciens devront être en mesure de répondre aux questions de leurs clients. Dans les pharmacies du Québec, ce type de mariage, parfois forcé, se multiplie. Lorsque l'union est réussie, le public semble satisfait. C'est ce qui semble être le cas à la Pharmacie Jetté. Son propriétaire s'intéresse à la naturopathie depuis 20 ans et collabore avec une naturopathe dans sa pharmacie.

Scénario catastrophe : un client prend des statines pour diminuer son taux de cholestérol. Question de soigner une petite déprime passagère, il décide d'acheter des comprimés de millepertuis. Or, bien que « naturel » - ce qui n'est pas synonyme d'inoffensif - le millepertuis interagit avec beaucoup de médicaments. Il diminue, entre autres, l'efficacité des statines, augmentant le risque d'incident cardio-vasculaire.

Si un client médicamenté veut un produit naturel, nous consulterons d'abord son dossier médical pour nous assurer qu'il ne court aucun risque.

L'automédication peut représenter un des principaux problèmes des produits naturels et même le meilleur des dictionnaires ne peut remplacer une consultation médicale ou professionnelle. Nos spécialistes nous diront qu'il faut être vigilent.

Madame Isabelle Challut, infirmière, utilise la naturopathie pour sa famille. Elle a suivi une formation en herboristerie et connaît bien les bienfaits, mais aussi les limites de la naturopathie. Pour la goutte au nez, elle choisit l'échinacée. Pour des dents qui percent, une tisane spéciale. Grâce à son Larousse des plantes médicinales ou Internet, elle vérifie toutefois que ces herbes n'aient pas de contre-indications.

Heureusement, de plus en plus de ces produits font l'objet d'études rigoureuses. À Verdun, à l'hôpital Douglas, le docteur Stéphane Bastianatto s'intéresse au Ginko Biloba. Selon lui, cette plante venue d'Asie améliore l'état de la mémoire et est aussi efficace que les médicaments actuels pour traiter les symptômes de l'Alzheimer.

Connu pour son effet bénéfique pour la dépression, le millepertuis pourrait être efficace pour les bouffées de chaleur. C'est du moins l'hypothèse du Dr Sylvie Dodin, médecin et chercheuse spécialisée en ménopause. Madame Dodin, qui est aussi titulaire de la Chaire des MAC de l'Université Laval, mène actuellement une étude sur ce sujet : « Plus il y aura d'études scientifiques bien faites sur les médecines parallèles, plus nous avancerons vers l'intégration.»

Que dire de la glucosamine, des phyto-oestrogènes, des omega-3 ou de l'échinacée, les produits les plus vendus en pharmacie? Sont-ils efficaces? Ont-ils fait l'objet de recherches cliniques? Peuvent-ils être dangereux? Le professeur Jean-Louis Brazier de l'Université de Montréal répond à toutes nos questions.
À propos de l'émission
Avec cette nouvelle série documentaire, animée par Pascale Tremblay, Canal Vie se propose d'être l'un des premiers témoins de la naissance d'une nouvelle complémentarité entre deux éternels rivaux : la médecine traditionnelle et la médecine alternative. Le téléspectateur pourra ainsi explorer les cinq disciplines les plus connues en médecine alternative et être mieux outillé pour prendre des décisions face aux soins qu'il désire s'accorder.
Liste de produits et références
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