Dre Nadia, psychologue à domicile
Chroniques
Marylou, 3 ans a peur de l'eau
Capsule 1
Même si le problème de Marylou peut sembler très spécifique et peut-être même un peu banal, cette phobie est très embêtante pour les parents.

L'hygiène de l'enfant est essentielle et il doit donc prendre régulièrement son bain.

Donc pour un enfant qui a la phobie de se faire arroser ou de recevoir de l'eau sur la tête, la peur est vécue quotidiennement ou presque... Ça peut devenir un cauchemar pour toute la famille.

Ce n'est pas comme si l'enfant avait peur des chameaux et qu'il devait vivre sa peur seulement lors de rares visites au zoo.

Ce n'est donc pas seulement l'intensité d'un problème qui détermine la détresse qu'il peut engendrer, mais également sa fréquence.

Un problème léger qui touche les parents et l'enfant au quotidien peut rendre le climat familial très négatif si on ne le règle pas à temps.

Les parents de Marylou ont donc bien fait de demander de l'aide!






Capsule 2
Dans le plan d'intervention, j'ai recommandé aux parents d'utiliser l'apprentissage vicariant avec Marylou, soit le fait de lui montrer des exemples de gens ou de personnages qui prennent leur bain afin qu'elle voie que ce n'est pas dangereux.

Pour ce genre d'apprentissage, la lecture de livres d'histoires peut s'avérer fort utile.

Voici des exemples de livres qui peuvent être utilisés pour la peur du bain :

Pour les 0-3 ans: T'choupi prend son bain, aux éditions Nathan.

Pour les 2 à 4 ans, je vous recommande C'est l'heure du bain Pénélope!, aux éditions Gallimard jeunesse.

J'ai également trouvé ce très beau livre pour les 3 ans et plus, Stella étoile de la mer, aux éditions Dominique et Compagnie.

Et enfin, tiré de la fabuleuse collection « Ainsi va la vie » destinée aux 6 à 8 ans, Max ne veut pas se laver, aux éditions Calligram. Le fait de voir des personnages jouer dans l'eau démystifiera l'heure du bain.





Question du public
Marie-France de Montréal me demande comment réagir aux terreurs nocturnes de son enfant.

Réponse :

D'abord, Marie-France, il faut s'assurer que ce sont de vraies terreurs nocturnes et non des cauchemars.

Une bonne façon de faire la différence entre les deux serait de se demander qui est le plus affecté par l'épisode le lendemain matin... Si c'est l'enfant, il s'agit d'un cauchemar. Si ce sont les parents, c'est qu'il s'agit d'une terreur nocturne.

Une autre façon de les distinguer: le cauchemar survient vers la fin de la nuit, tandis que les terreurs nocturnes surviennent dans les trois heures suivant l'endormissement.

Pendant un cauchemar, l'enfant cherche à être rassuré par ses parents, tandis que lors d'une terreur, il semble ne pas les reconnaître, ni même être conscient de leur présence.

Ce qui peut être plus nuisible pour l'enfant, c'est l'anxiété de ses parents. Si ces derniers sont inquiets par rapport aux épisodes et qu'ils questionnent l'enfant chaque matin sur son souvenir de l'événement, l'enfant pourrait faire de l'insomnie causée par les inquiétudes de ses parents, comme s'il commençait à croire que dormir est dangereux!

Donc, Marie-France, la meilleure attitude à développer en tant que parent, c'est de ne pas paniquer et de superviser le comportement de votre enfant sans le toucher et sans lui adresser la parole.

Si les parents sont inquiets de la fréquence de ces épisodes de terreurs nocturnes, ils peuvent en parler à leur médecin ou consulter une clinique du sommeil.



Plan d'intervention
Marylou a un tempérament un peu inhibé, ce qui veut dire qu'elle est craintive par rapport à la nouveauté. Elle est légèrement timide et met du temps à s'adapter à de nouvelles personnes.

Cette insécurité chez les enfants peut les prédisposer à l'anxiété. Les chercheurs rapportent qu'une certaine partie de l'anxiété peut être héréditaire.

Papa avait en effet certaines craintes par rapport au feu, à l'eau et aux alarmes quand il était jeune. Bien que ça n'ait développé aucun problème chez lui, il avait peut-être lui-même un tempérament plus inhibé lorsqu'il était enfant.

Chez Marylou, on détecte déjà la peur de l'eau, ce qui représente un problème d'anxiété.

Les enfants insécures ont tendance à capter tous les signaux de danger et à en faire une montagne. C'est probablement ce qui est arrivé à Marylou avec sa phobie de l'eau.

Il est possible que la première fois que ses parents lui ont dit de fermer les yeux sous l'eau, elle ait pris cette consigne comme une alerte: « l'eau est quelque chose de dangereux ».

Les parents de Marylou lui donnent le bain aux deux jours et lui lavent les cheveux une ou deux fois par semaine. Il semble donc qu'une certaine forme d'évitement commence à s'installer. Lorsqu'une personne a une peur et qu'elle évite sa peur, celle-ci se maintient automatiquement.

En effet, le fait d'éviter la peur fait en sorte qu'on n'apprivoise pas la situation stressante parce que l'on n'a pas à la confronter souvent.

Pour Marylou, avoir de l'eau dans les yeux, sur les cheveux ou sur la tête, c'est dangereux. Pour elle, cette peur est réelle même si le danger, lui, ne l'est pas. Il est donc important d'avoir une attitude compréhensive envers elle, sans toutefois la faire éviter. Pour ce faire, la stratégie consiste à l'exposer graduellement au fait d'avoir les cheveux mouillés.

Pour commencer, il faut essayer de ne pas lui faire pencher la tête parce qu'il semble que ce soit ce mouvement qui lui fait peur. En utilisant un brumisateur, elle verra peut-être la période du bain comme un jeu. Vous pouvez commencer à l'utiliser sur la main, ensuite sur le bras. Si elle ne veut pas, faites-le sur vous-même pour dédramatiser la situation. Ainsi, ça l'expose à sa peur et elle apprend par observation. L'important est de respecter son rythme. L'idée est de l'exposer petit à petit à ce qu'elle craint et ce, chaque jour.

Au lieu de la faire éviter, il sera important de l'encourager à persévérer et de la renforcer lorsqu'elle approche une situation où il y a de l'eau et où elle doit se mouiller les cheveux. Si vous voulez lui mouiller les cheveux avec le brumisateur et qu'elle accepte de se mouiller une mèche, félicitez-la et encouragez-la même si, pour vous, c'est facile. Pour elle, c'est un grand pas de franchi! Vous pourriez lui faire un tableau de renforcement avec des collants qu'elle reçoit chaque fois qu'elle franchit un petit pas, pour qu'elle observe ses réussites. Ceci devrait contribuer à augmenter sa confiance en elle.

Toute forme d'exposition aux situations qui la stressent va l'aider à apprivoiser ces situations. Vous pourriez ainsi lui lire un livre où un enfant a peur de l'eau et où il réussit à vaincre cette peur. Les enfants apprennent beaucoup grâce aux modèles qu'ils peuvent voir dans les livres d'histoires. Je vous encourage également à aller à la piscine et à prendre un cours de natation où les parents sont dans l'eau avec les enfants pour lui donner confiance en elle.

Enfin, n'importe quelle activité (un sport, les arts plastiques, etc.) dans laquelle elle va se sentir compétente peut lui donner une confiance en elle qui risque de se généraliser et qui va l'aider à vaincre sa peur de l'eau.



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