Les troubles alimentaires et la sexualité

Auteur
Véronique Larivière, sexologue
Couple qui mange

Les troubles alimentaires sont une forme extrême de contrôle du poids et de l'alimentation. Il y a l'anorexie, où la personne va réduire au maximum la quantité de nourriture ingurgitée, la boulimie, qui se caractérise par des épisodes de suralimentation et de purges incontrôlables, et la bigorexie qui est une dépendance au fitness et à la minceur. Qu'en est-il de la sexualité quand le corps que tu portes te déplaît continuellement? C'est sur quoi nous allons nous pencher dans cette chronique. 

L'importance du contrôle

La recherche du contrôle est au cœur des troubles alimentaires. Les personnes souffrant de boulimie, d'anorexie ou de bigorexie sont constamment à la recherche d'un contrôle sur leur corps, car elles ont généralement l'impression de ne pas l'avoir autrement. Elles se sentent seulement satisfaites lors des périodes de purges, d'anorexie ou d'entraînement intense. 

Dans l'intimité, ces personnes ne sont pas à l'aise avec la vulnérabilité à laquelle elles sont confrontées. La sexualité requiert un lâcher-prise qui peut sembler redoutable alors bien souvent, celle-ci ne fait pas partie de leur vie. Le dévoilement de soi auprès d'un partenaire n'est pas ou presque pas envisageable, car c'est le sentiment de perte de contrôle qui reprend le dessus.

Une sexualité dysfonctionnelle

Les personnes ayant un trouble alimentaire se déconnectent complètement de leur propre corps. Le dégoût qu'elles ressentent envers elles-mêmes ne peut qu'entraîner l'évitement presque absolu d'une intimité adéquate. En 2009, l'International Journal of Eating Disorders publiait une étude qui mentionnait que 66% de ces femmes déplorent leur manque de libido. L'arrêt des règles dû à l'anorexie indique d'ailleurs que le taux d'hormones n'est pas suffisant pour collaborer au désir sexuel. On remarquera aussi une sécheresse vaginale et des troubles d'anorgasmie qui nuisent considérablement à l'épanouissement sexuel. 

Le manque d'estime de soi et une insatisfaction constante de son corps feront en sorte que la nudité sera quasi absente. Les relations sexuelles se dérouleront bien souvent dans le noir et/ou avec des vêtements qui ne laisseront transparaître leur silhouette. Elles auront aussi le contrôle des positions sexuelles qu'elles choisiront selon ce qu'elles croient être les « moins pires » pour le dévoilement de leur corps. 

Le surentraînement de la bigorexie peut aussi avoir comme conséquence une dysfonction érectile et une difficulté d'éjaculation. Le culte de la minceur extrême et des muscles bien définit n'est plus seulement une affaire de femmes. De plus en plus d'hommes souffrent d'un trouble alimentaire et c'est essentiel d'en parler, car le tabou pousse les hommes dans un silence nuisible à leur santé. 

Un antécédent d'abus sexuel 

Une histoire d'abus sexuel antérieur est assez fréquente chez les personnes souffrant d'un trouble alimentaire. Les statistiques démontrent d'ailleurs un taux plus élevé d'abus sexuel chez ces personnes que dans la population en général. Les spécialistes s'entendent pour dire que c'est ce sentiment de perte de contrôle qu'elles ne veulent pas reproduire. Comme ces personnes ont été impuissantes face à leur environnement, elles tentent de reprendre le contrôle sur elles-mêmes, notamment sur leur poids. 

Certaines vont modifier leur apparence physique afin de se considérer ne plus être attirantes sexuellement. C'est une forme de carapace. 

Des solutions

Heureusement, il existe des solutions et c'est possible de se sortir de ces compulsions alimentaires. À Québec, il y a la Maison L'Éclarcie qui vient en aide aux personnes souffrant d'anorexie et de boulimie. Il y a aussi ANEB (anorexie et boulimie) qui garantit une aide immédiate pour ces personnes. N'hésitez pas à les consulter!

Maison L'Éclaircie : 1-866-900-1076
ANEB : 1-800-630-0907 

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