Faussement accusé d'agression sexuelle : une vie détruite

En mars 1999, alors qu'il faisait de la suppléance dans une école de Longueuil, Paul-André Sansregret a été accusé d'agression sexuelle envers 16 élèves d'une même classe. En l'espace d'un avant-midi, sa vie a chaviré.

Quelques jours auparavant, avant même qu'il soit appelé à remplacer un professeur dans l'établissement, une rumeur courait au sein des élèves voulant qu'il y ait un agresseur sexuel autour de l'école. Ça prenait un coupable. Les élèves l'ont trouvé en la personne de Paul-André Sansregret, un professeur chaleureux qui n'hésitait pas à prendre les élèves par les épaules pour les réconforter ou à pousser leurs jambes pour les replacer sous leur bureau.

À la veille de la diffusion du documentaire « Et si c'était faux? », qui sera diffusé sur les ondes de Canal Vie le 22 avril à 16 h (en rediffusion le mardi 23 avril à 0h, dimanche 28 avril à 16 h et à 22 h) nous nous sommes entretenus avec  Monsieur Sansregret pour voir comment il vivait avec cette épreuve, près de 13 ans plus tard.

Canal Vie

Monsieur Sansregret, comment vous avez réagi quand on vous a demandé de faire un documentaire sur les tragiques événements que vous avez vécus en 1999?

Paul-André Sansregret

Je dois avouer que j'ai été très long à répondre aux producteurs du projet documentaire. Pour moi, c'était replonger dans une aventure qui m'avait profondément blessé, et j'hésitais à revivre tout ça.

Canal Vie

Et pourquoi, finalement, vous avez décidé de le faire?

Paul-André Sansregret

J'ai accepté pour informer les gens des conséquences d'une fausse accusation. Je voulais témoigner de l'impact que ça a eu dans ma vie, et que ça aura pour d'autres qui pourraient vivre la même chose.

Canal Vie

Dans le documentaire, vous dites que vous n'en voulez pas aux enfants, mais aux adultes qui n'ont pas pris leur responsabilité...

Paul-André Sansregret

Exactement! Des enfants, ce sont des enfants : ils avaient déjà peur en raison des rumeurs d'agresseur sexuel qui couraient... Ils ont peut-être mal interprété mes gestes. Ce sont des enfants et ils n'ont pas en main toute l'expérience nécessaire pour comprendre la différence entre des gestes mal intentionnés et déplacés et des gestes de pure affection sans conséquence. J'en ai voulu aux adultes qui eux, ont manqué de discernement. L'école n'a même pas tenté de me parler, de m'interroger, n'a pas écouté la version de chaque élève. La police a été appelée directement à la suite de la rumeur, et s'en est lavé les mains. La police, de son côté, après une attente de dix jours, m'a entrainé en prison pour une journée sans que je n'ai rien à dire. C'était un véritable cauchemar. Pour finir, l'enquêteur a bâclé le travail tout au long du processus et a trouvé son coupable. Puis, j'ai été condamné.

Canal Vie

Est-ce que vous avez eu des témoignages de regret, de sympathie de la part des élèves, des parents, de l'école ou de la police?

Paul-André Sansregret

Pas du tout! Rien! Pire encore, le directeur général de la commission scolaire en question, même après que je sois blanchie par la cour d'appel, a tout fait pour me retirer mon permis d'enseigner à tout jamais. Il n'a pas réussi.

Canal Vie

Et qu'est-ce qui fait selon vous que malgré le sérieux des accusations, vous n'avez pas été en prison, mais que vous ayez purgé votre peine dans la communauté?

Paul-André Sansregret

Les élèves se contredisaient dans les témoignages et je pense que le juge a trouvé ça un peu gros que j'agresse 16 élèves en un seul avant-midi d'école, dans la même classe! Ça ne tenait pas debout. C'est pour ça qu'il est parti de 12 mois de travail dans la communauté à 6 mois et enfin à 3 mois. J'ai habité chez ma fille pendant ce temps.

Canal Vie

Comment avez-vous fait pour tenir moralement pendant tout le temps des accusations?

Paul-André Sansregret

C'est mon entourage qui m'a soutenu... Ma famille, mes amis, tout le monde me connait, personne n'a cru à cette histoire invraisemblable. Le syndicat des enseignants était aussi de mon côté et a payé les frais judiciaires.

Canal Vie

Et maintenant, après tout ce temps, restez-vous amer?

Paul-André Sansregret

Non... Ce n'est pas dans ma personnalité. Je suis un homme heureux, jovial et positif. Je ne repense pas à toute cette histoire. Par contre, mon passé me rattrape parfois. Je peux voyager partout à travers le monde, mais aux États-Unis, c'est encore compliqué. Il faut que je prévoie au moins 45 minutes pour entrer au pays. Les traces de ma condamnation ne sont pas encore effacées et c'est très long pour que la bureaucratie règle ça. J'avoue que j'ai voulu poursuivre l'école et le système judiciaire qui avait sauté aux conclusions beaucoup trop facilement, mais c'était m'embarquer dans tout un engrenage de fou et j'avais assez donné.

Canal Vie

Et maintenant, travaillez-vous encore?

Paul-André Sansregret

Oui, à 69 ans, je fais  de la suppléance dans les écoles et j'aime ça .

Canal Vie

Vous n'avez pas peur que d'autres accusations soient portées, que les gens vous reconnaissent et en profitent?

Paul-André Sansregret

Ce n'est jamais arrivé avant... C'est certain qu'avec la diffusion du documentaire, ça va peut-être changer, mais pour l'instant, je continue à enseigner et j'aime les enfants.

Canal Vie

Est-ce que vous allez changer votre façon d'être avec eux? Allez-vous être moins démonstratif?

Paul-André Sansregret

Je suis comme je suis. Je ne suis pas comme ça pour mal faire et je n'ai aucune mauvaise intention. Donc, non, je ne serai pas quelqu'un d'autre... Pour moi, le toucher est essentiel dans un processus éducatif.

Ne manquez pas l'émouvant documentaire « Et si c'était faux? », diffusé à Canal Vie le lundi 22 avril à 16 h (en rediffusion le mardi 23 avril à 0h, dimanche 28 avril à 16 h et à 22 h).

Violaine Dompierre, éditrice Canal Vie

Vous aimerez aussi

Commentaires