L'effet Grey... ou l'ABC du sadomasochisme

Auteur
Véronique Larivière, sexologue

Pourquoi cet intérêt soudain pour le soft sadomasochisme

Vendu à plus de 50 millions d'exemplaires dans le monde, les 50 nuances de ce cher Christian Grey font désormais partie de l'imaginaire érotique de plusieurs d'entre nous. Il est jeune, divinement beau, riche à craquer, mais il a un côté sombre. Cette facette de lui semble avoir des répercussions (inattendues!) sur la libido de nombreuses femmes. 

Roman Harlequin version contemporaine

Ce n'est pas un secret, cette trilogie est très érotique. Pourtant, j'ai vu plusieurs personnes le lire en public, comme s'il s'agissait du dernier de Marc Lévy. Pourquoi? Simplement parce que Grey est socialement accepté par tout le monde. Bien peu d'auteurs de ce genre peuvent se vanter d'être vendus aux caisses des grandes surfaces! E.L James a réussi à faire sortir de l'ombre une partie de nous désormais enfouie pour cause de débats féministes : celle où nous aimons secrètement être dominées  par un homme. Attention, ici, je parle de domination légère. Un moment où nous devenons l'objet de plaisir pour l'autre et où nous avons l'impression de perdre le contrôle. Avons-nous chacune notre petit côté sadomasochiste? Peut-être pas, mais...

Sadomasochisme : le plaisir dans la souffrance

Le sadomasochisme est une pratique sexuelle qui utilise l'humiliation, la domination et la douleur pour la recherche du plaisir. Il s'agit d'une relation temporaire entre un(e) dominant(e) et un(e) dominé(e) où ce dernier se plis aux exigences du premier pour faire monter l'excitation sexuelle. Le sadomasochisme nécessite une mise en scène où des adultes consentants établissent leurs propres règles pour que tout se déroule bien malgré les apparences qui peuvent sembler contradictoires.

Le dominant inflige au dominé des « punitions » qui se traduisent, par exemple, par de la flagellation, des tapes, des insultes, etc. Souvent, pendant la séance, le dominé est attaché et/ou les yeux bandés, et/ou bâillonné afin d'augmenter le sentiment d'une relation entre un « maître » et son « esclave ».

Des règles strictes

Le sadomasochisme nécessite une confiance absolue envers l'autre. Malgré l'illusion du contrôle total que détient le dominant, c'est le dominé qui a le dernier mot. Un «safeword» qu'ils appellent. Avant la mise en scène, les partenaires déterminent un mot qui mettra un arrêt complet sur la mise en scène. Lorsque le dominé en a assez, il utilise ce mot et c'est le retour à la vie normale. Par contre, ce mot est rarement « Non! » ou « Stop! », car dans le feu de l'action, il n'est pas rare que le dominé le mentionne sans nécessairement le penser vraiment. C'est pourquoi ils utilisent un terme du genre « jaune! » (tiré ici de Grey, vous l'aurez deviné!), pour s'assurer que ce n'est pas un « non » lancé au hasard. Lorsque le dominé est bâillonné, tout s'arrête quand un geste préalablement établi est posé. Par exemple, au moment où il lève le coude trois fois, le dominant doit tout arrêter.

Fantasme en pleine ascension

Alors, voilà, les 50 nuances de Grey c'est ça. Une histoire entre un homme puissant et une femme qui a tout à apprendre. Novice dans le domaine, Ana, l'héroïne de l'histoire, rassemble en trois volumes la majorité des fantasmes populaires des femmes d'aujourd'hui. Nous nous reconnaissons en elle par sa peur d'aller trop loin et sa curiosité d'en vivre toujours un peu plus.

Sur des centaines de pages, monsieur Grey réussit à faire augmenter graduellement le désir et nous fait réaliser le pouvoir de l'imaginaire. C'est d'ailleurs ce qui plaît aux lectrices. L'ascension progressive avant l'explosion. Grey a réussi à normaliser le fantasme du sadomasochisme et sa popularité ne trompe pas. Les boutiques érotiques ont vu leur chiffre d'affaires augmenter grâce à la vente de divers objets tirés de ces romans. À Seattle et à Portland, là où se déroule l'action, des hôtels offrent un forfait « fifty shades » avec voiture, chauffeur et champagne. Il y a même des spécialistes qui s'avancent sur un futur baby-boom...

Bref, il semblerait que bien peu d'hommes se plaignent de la popularité de Christian Grey. Bien moins coûteux qu'une séance de sexothérapie, la trilogie a tendance à donner un petit « oumph » aux libidos les plus disparues. Seul bémol au tableau : ces histoires où des adultes consentants vont un peu trop loin pour reproduire les scènes du roman. Il ne faut pas oublier qu'il y a un grand pas entre le fantasme du sadomasochisme et la réalité... et que malheureusement, les histoires réelles à la Grey sont rarissimes. Rien ne vous empêche de laisser libre court à votre imagination, mais gardez une dose de jugement et de logique.

Pour le reste, bonne lecture!

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