Revenge Porn : phénomène sous surveillance

Votre partenaire vous demande de poser nue, de réaliser une vidéo pour épicer vos relations intimes. Vous acceptez. Quelques mois ou quelques années plus tard, une fois la relation terminée, ces moments intimes se retrouvent sur le web, sans votre consentement. Qu’est-ce que la vengeance pornographique, ou Revenge Porn? Comment prévenir cette situation, ou s’en sortir?

Différente du phénomène des sextos, la vengeance pornographique se caractérise par la diffusion d’images obtenues avec l’accord initial des deux partenaires. Puis, avec le temps, on oublie qu’elles existent.

Des femmes, éloignées de leur partenaire, ont également pu envoyer à ce dernier des photos ou des saynètes à saveur érotique, afin d’attiser la flamme en leur absence. Ces images représenteraient d’ailleurs 80 % des éléments utilisés contre les victimes.         

Pour se venger

La vengeance pornographique prend sa source dans le conflit. Une séparation houleuse, une chicane de couple qui s’éternise, est souvent à l’origine de la diffusion de ces images. Le partenaire éconduit trouvera facilement des sites spécialement dédiés à ce type de diffusion. Pis encore, certains y ajoutent le nom, l’adresse de la victime et un lien qui mène à sa page Facebook.

Le phénomène, populaire aux États-Unis, s’étend maintenant au reste du monde. Des sites spécialisés font leur apparition chaque mois, et leurs webmestres sont friands de ces images intimes d’amateurs dans leur plus simple appareil. De nombreux abonnés, qui paient pour la plupart, s’en régalent aussi.

Nul n’est à l’abri. En octobre 2011, des photos d’Emma Holden, une journaliste danoise de 23 ans, ont été diffusées sans son consentement. Embarrassée, elle a d’abord cru que cette histoire n’aurait que peu d’impact sur sa vie, mais elle s’est vite aperçue que les internautes semblaient fascinés par sa souffrance, courriels à l’appui. Et ce n’est là qu’un exemple. Des femmes de partout dans le monde ont goûté à cette forme de vengeance.

Réagir

Vos photos, votre vidéo, se retrouvent sur la toile? D’abord, il vous faudra retrouver celui qui a diffusé les images. Mais rien ne garantit qu’il acceptera de les retirer. À vous de négocier.

Vous pouvez également vous adresser aux exploitants du site web, pour les convaincre de retirer les images qui vous mettent en scène. Mais il vous faudra beaucoup de patience, et durant ces mois de démarches, la possibilité qu’un autre internaute ou un autre site copie ces dernières et les diffuse à son tour demeure.

Vous pouvez également vous adresser aux tribunaux. Là encore, il vous faudra multiplier les démarches, et attendre, durant de longs mois, que votre cause soit entendue. En plus de vous forcer à délier les cordons de votre bourse, votre histoire deviendra publique, avec tous les possibles dommages collatéraux. En effet, une connaissance, un membre de votre famille, pourrait avoir accès à ces images. Comment réagirez-vous?

Enfin, vous devrez faire face aux commentaires et aux demandes d’internautes qui voient en vous une personne libertine, prête à tout, ou presque.

Les législateurs s’en mêlent

Des victimes, dont la journaliste danoise, réclament des lois qui exigent plus de responsabilités des sites internet qui publient ces photos. Et leur appel semble être entendu. Les autorités de nombreux états américains et de plusieurs pays ont choisi d’intervenir pour criminaliser ce viol électronique : amendes et peines de prison à la clé. Mais certaines dispositions légales sont contestées par des défenseurs des libertés civiles.

Certaines de ces lois ont également des failles : elles ne pénalisent pas nécessairement celui ou celle qui a diffusé des images tournées par la victime elle-même, quelques mois ou quelques années plus tôt, afin d’épicer une relation.

Au Canada, le Parlement a adopté, en décembre 2014, la Loi sur la protection des Canadiens contre la cybercriminalité qui criminalise la diffusion de photos et de vidéos intimes sans le consentement de la personne qui y figure.

Condamnés

Un Américain, Kevin Bollaert, vient d’être reconnu coupable de 27 chefs d’accusation liés à la vengeance pornographique. Il a publié plus de 10 000 contenus pornographiques sur son site web. Et, non seulement offrait-il des abonnements, mais il avait ouvert un autre site qui proposait de retirer ces images contre rémunération. Il est passible de 20 ans de prison.

Ailleurs, des victimes ont reçu des compensations financières plus ou moins importantes, après de longues procédures. Parmi ces cas, une mineure a reçu un dédommagement de 385 000 $. Pour sa part, un ex-conjoint a été condamné à verser 39 000 $ à une femme de Laval.

Contrer le phénomène

Des groupes de pression tentent de sensibiliser les élus. Chez nos voisins du Sud, une victime, Holly Jacobs, a créé le mouvement End Revenge Porn pour donner une voix à toutes les victimes, sans exception.

Pour sa part, Emma Holten a répliqué en publiant elle-même des photos où elle pose nue, ou presque. Elle voulait ainsi « montrer aux autres victimes qu’elles ne doivent pas avoir honte de leur corps », tout en invitant les férus de ces sites à réfléchir sur leurs réactions lorsqu’ils voient une femme qui se retrouve, contre son gré, nue dans Internet.

Mais le meilleur moyen est de vous assurer que les images, quelles qu’elles soient, ont bien été détruites. Mieux encore, en vous gardant « une petite gêne » — une photo moins révélatrice, en sous-vêtements ou en bikini par exemple —, vous vous assurerez d’éviter la honte, une fois la relation terminée.

Henri Michaud, rédacteur Canal Vie

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