Les salons de massage érotiques

Auteur
Véronique Larivière, sexologue

Seulement dans la grande région de Montréal, près de 260 salons de massage sont répertoriés. Ce nombre ne tient pas compte de tous ceux considérés comme clandestins. Est-il possible qu'il y ait autant d'offres que de demandes? De toute évidence, beaucoup de gens fréquentent ces établissements. Cette semaine, nous entrons dans le monde discret des salons de massage érotiques.

Qui fréquente ces salons?

Beaucoup d'hommes, de tous les milieux et de tous les âges. Plusieurs sont des habitués. Certains sont mariés, d'autres sont connus, et tous les fréquentent pour une raison bien précise : ils ont envie d'avoir du sexe dans un milieu encadré, sans engagement. Massage, branlette et voilà. Leur pulsion sexuelle atténuée, ils retournent ensuite à leur quotidien. Les réceptionnistes s'entendent pour dire qu'il y a deux types d'hommes qui fréquentent ce genre d'établissement. D'abord, il y ceux qui recherchent une belle fille avec des attributs bien précis comme de gros seins et des jolies fesses, et les autres qui veulent celle avec le plus de doigté, plus précisément celle qui masse le mieux, mais aussi celle qui masturbe selon leurs préférences.

Qui sont celles qui y travaillent?

Celles qui travaillent dans les salons de massages érotiques sont surtout des jeunes femmes. Elles sont jolies, charmantes, elles ont de l'entregent, et avouons-le, elles ont un certain courage. Elles ne savent pas toujours à qui elles ont affaire, et des clients désagréables, il y en a. Elles doivent établir leurs limites, car, bien qu'une loi non écrite de chaque établissement interdise la fellation ou la pénétration, certains clients essaient évidemment d'avoir un bonus. Heureusement, la majorité des clients connaissent les règles, et tout se passe comme prévu la majorité du temps.

Certaines masseuses mentionnent que leur entourage ne sait même pas ce qu'elles font dans la vie. Par peur d'être jugées, elles préfèrent conserver cette source de revenus dans leur jardin secret. Plusieurs sont conscientes que c'est un métier temporaire. Elles s'en servent pour payer leurs études ou des dettes accumulées, et passent à autre chose par la suite. D'autres s'y plaisent pendant plusieurs années, jusqu'à ce que leur popularité en salon décline...

Comment ça se passe?

Lors de sa première visite, le client est dirigé vers une salle où les masseuses disponibles défilent devant lui pendant quelques minutes. Ensuite, la réceptionniste lui demande son choix, et lui suggère différentes propositions de massage. Les tarifs varient souvent entre 60 $ et 150 $ selon les options, soit la durée du massage, avec ou sans spa, avec deux ou quatre mains, etc. Le client peut débourser davantage s'il désire un extra à la discrétion de la masseuse.

Avant chaque rencontre, la douche est obligatoire, et le client mentionne s'il désire que la masseuse aille le rejoindre sous l'eau. S'ensuit le massage qui peut être très thérapeutique, puisque certaines ont une formation en massothérapie, et très vite la séance devient de plus en plus sensuelle, puis sexuelle. La masseuse peut prendre soin d'utiliser de l'huile inodore pour celui qui veut vraiment être discret sur son passage. La rencontre se termine donc à l'éjaculation, où l'homme rentre chez lui pendant que la masseuse nettoie l’endroit pour la venue du prochain client.

Dans sa journée de travail, la jeune femme peut rencontrer au-delà de cinq clients, et ce, cinq jours par semaine si elle désire travailler à temps plein. Souvent, elle détient ses propres clients réguliers dont elle connaît les « points faibles » presque par cœur. Un lien de confiance les unit, en toute intimité.

Une réglementation floue

La légalité des salons de massage érotiques est causée par une réglementation plutôt floue du système gouvernemental. En fait, ces établissements ont un permis de soins personnels (comme les salons de bronzage, de coiffure et de pédicure, par exemple); il est donc très facile d'ouvrir un salon de massage. D'un point de vue administratif, ils sont considérés comme un spa urbain, et comme il n'y a pas d'ordre professionnel, plusieurs peuvent s'improviser massothérapeutes sans posséder la formation nécessaire.

L'adoption de la loi C-36, le 6 octobre 2014, pourrait mieux encadrer les travailleuses de ce genre d'établissement puisqu'elle consiste à criminaliser les clients qui paient pour avoir un service sexuel. En d'autres termes, plusieurs sont d'avis que les salons de massage ont un lien étroit avec la prostitution, et le rôle du système judiciaire est de protéger les travailleuses du sexe plutôt que de les incriminer. On criminalise donc l'achat du sexe plutôt que la vente.

Le SPVM, pour sa part, n'interviendra que si des citoyens se plaignent ou si l'établissement est relié au crime organisé, à la traite de femmes ou si des mineures sont impliquées.

Véronique Larivière, sexologue

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