La rancune

La rancune est sournoise : elle s'installe lentement et prend parfois des proportions démesurées. Quel que soit le niveau de santé de notre couple, il arrive qu'un geste ou une parole de notre conjoint nous blesse. On a tous notre façon de réagir pour régler le conflit. Et la faute, quelle qu'elle soit, n'est pas facilement pardonnée.

Certains vont verbaliser leur douleur, mais les discussions ne semblent pas permettre de régler le problème. D'autres choisiront de taire leur colère, mais se repasseront le film des événements en boucle dans leur tête. Et même si le temps passe, les émotions ressenties au début peuvent ressurgir à tout moment avec la même force. Il est évident que la rancune n'est pas la stratégie idéale à adopter. Alors, comment faire pour se débarrasser de cette émotion négative et réagir autrement aux contrariétés?

Un lourd fardeau

De nombreuses études sur les émotions dites « négatives » confirment que la rancune favorise la dépression, le stress, les maux de tête et les troubles du sommeil. Sur le plan de la relation, la personne rancunière, en refusant de tourner la page et en se fermant à son conjoint, empêche la relation d'évoluer. C'est l'affrontement entre la rancoeur de l'un et la culpabilité de l'autre. On finit par avoir l'impression de tourner en rond et de toujours ressasser les mêmes vieilles histoires. Les proches et les confidents, souvent épuisés d'entendre toujours les mêmes récriminations, choisissent parfois par s'éloigner.

La rancune, une forme de protection?

Pour certaines, la rancune peut être une façon de se protéger. En gardant en mémoire les fautes passées, on espère éviter de se faire blesser à nouveau. « On ne m'y reprendra plus! » Ce mécanisme de protection peut se reporter d'une relation à l'autre.

Une simple parole, une situation ou un geste qui semble anodin peut raviver une blessure qui nous vient d'une relation passée, voire même de l'enfance. La réaction vive peut alors surprendre et dérouter le conjoint. Pour d'autres, la rancune est un moyen de s'affirmer et d'établir ses limites. Elle témoigne d'une certaine force de caractère. « Je ne suis pas rancunière, j'ai de la mémoire! » Pardonner peut alors être perçu comme un acte de faiblesse et non de courage.

Se libérer de ses démons

Inutile de dire que la rancune est un véritable poison pour toute relation et qu'il est primordial d'évacuer le sujet une bonne fois pour toutes si on tient à son couple. La rancune nous réduit souvent au rôle de victime et nous paralyse.

Des pistes de solutions

L'introspection

Il faut tout d'abord se demander si la faute qui nous cause du tort est pardonnable selon nos valeurs. Si oui, sommes-nous prêtes à pardonner?

Ensuite, on doit tenter de comprendre l'émotion qui est à la source de la rancune. On s'est sentie trahie? Ridiculisée? Abandonnée? Traîne-t-on une vieille blessure depuis l'enfance ou depuis une relation passée?

Finalement, il faut admettre sa part de responsabilité, si petite ou grande soit-elle.

Le dialogue

Il faut impliquer notre conjoint dans le processus et partager nos constats avec lui. Puisqu'il s'agit d'un sujet délicat, voire même explosif, qui a sans doute été abordé à plusieurs reprises, il faut y aller prudemment. On parle au « je » et on explique pourquoi on s'est sentie blessée. On évite de retomber dans les reproches.

Le pardon

Pardonner, c'est tourner la page pour de bon. Mais c'est aussi abandonner une partie de soi, celle qu'on a été dans une situation donnée. C'est également s'ouvrir au futur, donc à l'inconnu. Rien de bien facile. Mais c'est un passage obligé si on tient à notre relation.

On s'aperçoit qu'il nous est encore très difficile de passer l'éponge? Peut-être s'accroche-t-on à certains principes (« Un conjoint doit toujours être à nos côtés quand ça va mal » ou « Un couple harmonieux implique de ne jamais être en conflit » ) en oubliant les circonstances qui ont mené aux événements.

Maintenir le dialogue (ou « vider son sac » sur une base régulière)

Pour éviter de retomber dans le piège de la rancune et de laisser certaines situations s'envenimer, on prend l'habitude de « vider son sac » sur une base régulière. On fixe un moment à l'agenda pendant lequel, à tour de rôle, on exprime ce qu'on a sur le coeur. Encore ici, on parle au « je » et on évite les reproches. Une fois le sujet évacué, on prend l'engagement de ne plus en reparler.

On consulte

Le dialogue est difficile? On est trop collé aux événements pour être en mesure d'évaluer la gravité de la faute? On veut un point de vue neutre? On consulte seule our mettre de l'ordre dans nos idées, identifier la source exacte de notre douleur et, dans le cas d'une blessure ancienne, panser enfin celle-ci.

Ou on consulte en couple, s'il est difficile de dialoguer sans retomber dans nos vieilles habitudes ou de mettre nos sentiments en mots.

Le processus du pardon et de la réconciliation n'est pas facile et demande souvent de sacrifier une part de nous. Mais en y allant étape par étape, avec honnêteté et patience, on peut y arriver.

Caroline Bouffard, rédactrice

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