La dépendance affective

Couple dépendance affective

Avec la parution du best-seller Ces femmes qui aiment trop de Robin Norwood, la dépendance affective est entrée dans notre vocabulaire. Nous nous sommes mises à nous questionner sur la nature profonde de nos relations. Sommes-nous dépendantes ou simplement amoureuses? Où se situe la frontière entre attachement et dépendance?

Qu'est-ce que la dépendance affective?

On parle de dépendance quand, dans une relation, notre estime de soi est entièrement dépendante du regard que porte l'autre sur nous. On n'existe que dans son regard. Les relations de dépendance sont souvent souffrantes et on en retire rarement de la satisfaction. On a l'impression de toujours devoir en faire plus pour susciter l'intérêt d'un conjoint souvent distant, non disponible.

Autre signe : même si on change de partenaire, ce scénario semble vouloir se répéter. Il est d'ailleurs difficile de mettre un terme à la relation. Premièrement, parce qu'on ressent réellement de l'amour pour notre partenaire, puis parce que la peur de la solitude est trop vive.

L'attachement

Avant de creuser d'avantage, il est bon de clarifier un point important : le besoin d'attachement est naturel, normal et sain. Il n'y a rien de pathologique à vouloir aimer et être aimée. Les besoins affectifs sont parmi les besoins fondamentaux. L'attachement est essentiel à la santé mentale et physique.

État amoureux vs relation amoureuse

Dans une relation amoureuse :

  • il faut être deux, alors qu'on peut être seul dans un état amoureux. (Pensez à l'adolescente en amour avec la star hollywoodienne ou à la personne qui se brûle d'amour en secret pour l'être cher)
  • les deux partenaires partagent affection et engagement.
  • les deux partenaires sont disponibles et libres d'attaches.
  • on ressent de la joie et du réconfort à l'idée d'avoir un partenaire sur lequel on peut compter.
  • on partage des buts, des intérêts, des projets de vie qui approfondissent notre intimité.
  • la relation nous aide à nous apprécier, à apprécier notre conjoint.

En dépendance affective

  • aussi malsaine que puisse être la relation, c'est bien de l'amour que vous ressentez. Vous êtes bien dans un état amoureux, mais non dans une relation amoureuse.
  • vous n'êtes pas en véritable relation avec votre conjoint.
  • c'est l'absence de réciprocité, de relation véritable qui est à la source de la souffrance.

Comment devient-on dépendant affectif?

La dépendance affective prend racine dans l'enfance. L'enfant qui manque de reconnaissance, d'attention ou qui est aux prises avec un parent froid ou absent développera une soif de plaire à tout prix. Il sent qu'il n'existe que dans le regard de l'autre.

D'autres facteurs expliquent également qu'une personne deviennent dépendante de ses partenaires : la peur de la solitude, un manque d'estime de soi, la peur de l'abandon et le complexe du sauveur (on veut régler les problèmes de l'autre et on néglige de se regarder soi). Si la dépendance est souffrante, il n'est pas non plus de tout repos d'être l'objet de l'affection d'un dépendant affectif. Maladroitement, de par son acharnement, son insistance, sa jalousie, le dépendant demande à son partenaire de combler une grande carence : « Je ne m'aime pas, aime-moi ». C'est une lourde commande.

Une affaire de femmes?

Pas du tout! Si l'emphase a été mise sur les femmes, c'est peut-être à cause des grands changements sociaux des dernières décennies. Les femmes, maintenant plus libres du point de vue social et matériel, se rendaient compte que leur conception de l'amour et des relations amoureuses tardait à s'actualiser. Bon nombre d'entre elles souffraient encore du complexe de Cendrillon, c'est-à-dire qu'elles s'attendaient à ce qu'un élément extérieur à elle (un conjoint) vienne changer leur vie. Mais la carence affective et une faible estime de soi ne sont pas l'apanage des femmes. On a vu nombre d'hommes s'enticher à répétition de femmes distantes, froides, voire castratrices, à l'image de la mère qu'ils ont eue.

Comment se libérer de la dépendance affective?

Comme pour n'importe quelle dépendance, il faut premièrement admettre qu'on a un problème. Il faut reconnaître les patterns qui caractérisent chacune de nos relations. Il faut surtout se rendre compte que la seule personne qu'on puisse changer, c'est nous. Tout cela demande un bon travail d'introspection et de réflexion. Vous réaliserez que pour avoir une relation satisfaisante, il vous faudra apprendre non pas à faire plus, mais à faire autrement.

Il est fort probable que vous réalisiez que votre relation actuelle ne puisse se poursuivre sur ses bases actuelles et sur la dynamique de la dépendance affective. À moins que votre conjoint ait entrepris une démarche semblable à la vôtre, la relation survivra difficilement à votre prise en main.

Renouer avec soi-même

Vous avez la chance de pouvoir renouer avec la personne la plus importante de votre vie : vous! Les dépendants affectifs se donnent entièrement à leur relation, s'isolent et négligent souvent leurs familles et amis. Ils délaissent leurs passions, leurs intérêts pour se dévouer à leur conjoint. Cette liberté retrouvée est une chance de rependre contact avec vos buts et aspirations profondes.

C'est également une opportunité d'élargir votre cercle d'amis, de renouer avec ceux que vous avez négligés. Peut-être que vous devrez vous forcer au début pour faire tout cela. Votre « sevrage » prendra beaucoup d'énergie et vous aurez peut-être peu d'intérêt sincère pour ces activités. Mais plongez quand même. Faites-le comme un acte de foi envers vous. Vous finirez à coup sûr par y prendre goût. Amitiés, passe-temps, sorties, loisirs feront en sorte que vous vous retrouverez. Votre estime de vous s'en portera mieux.

Un nouveau départ

Il vous faudra faire preuve de vigilance quand vous vous sentirez à nouveau attirée par quelqu'un. Correspond-il au pattern du passé? Vous serez peut-être découragée de constater que le « type » de personne qui vous conviendrait ne vous attire pas. Laissez le temps faire son oeuvre. Les vieilles habitudes sont dures à changer et votre inconscient essaie peut-être de saboter une relation potentielle en vous faisant tiquer sur des détails superficiels. Rien ne presse. Prenez le temps de bien définir ce que vous recherchez. Si vous sentez que vos résistances sont trop fortes, n'hésitez pas à aller consulter ou à vous joindre à un groupe de soutien. Vous tendrez bientôt vers un nouvel équilibre.

Dorénavant, vos besoins affectifs et d'accomplissement seront comblés de différentes façons : par vos amitiés, votre travail, vos passe-temps. Vous serez enfin prête à faire un bout de chemin avec quelqu'un qui saura vous apprécier telle que vous êtes.

Pour poursuivre la réflexion

  • Choisir qui on aime - de la dépendance à l'autonomie de Howard M. Halpern (Edition Le Jour)
  • Ces femmes qui aiment trop de Robin Norwood (ed. Alain Stanké)

Violaine Dompierre, éditrice Canal Vie

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