Loin de sa famille à Singapour
par Geneviève O'Gleman
le 26 juillet 2012
Catégorie : Famille

 

Une promenade dans le quartier « Little India » (La petite Inde) à Singapour ne laisse personne indifférent. On se laisse d’abord emporter par les effluves d’épices et le son de la musique de Bollywood. On se sent tout de suite ailleurs. Le Singapour moderne et rutilant laisse la place à un quartier usé, mais grouillant et coloré. 

Mais on se rend rapidement compte qu’il y a quelque chose qui cloche… Quelque chose n’est pas normal…

Il n’y a que des hommes! 

Plusieurs milliers d’Indiens arrivent chaque année à Singapour pour travailler. Ils laissent leur famille dans l’espoir de leur offrir un meilleur avenir. Ce sont pour la plupart des habitants de bidonvilles, peu instruits, très pauvres et qui n’avaient d’autres choix que de s’exporter pour arriver à nourrir leurs enfants. Singapour compterait actuellement 30 000 travailleurs indiens dans cette situation.

C’est le cas de Sheni, qui a dû se séparer de sa femme et de ses trois enfants pour venir travailler à Singapour.

Sheni n’a qu’une seule photo pour se remémorer ses amours.

Il me présente sa femme, ses deux filles et son garçon dans un anglais approximatif, mais je comprends très bien qu’il ne sait pas quand il les reverra.

À Singapour, la situation des travailleurs indiens suscite la controverse. Le gouvernement ne leur reconnait pas de droits. Pas de salaire minimum, pas d’avantages sociaux.

Et pour ces travailleurs indiens, Singapour n’est pas l’Eldorado. Des « chasseurs de têtes » se rendent dans les bidonvilles en Inde et leur promettent du travail en échange d’une commission. Pour se rendre à Singapour, les Indiens recrutés doivent contracter un prêt qu’ils devront rembourser avant de pouvoir envoyer de l’argent à leur famille. Arrivés en terre d’accueil, plusieurs ne trouvent pas de travail parce que le gouvernement impose des quotas d’embauche de travailleurs étrangers aux entreprises locales. D’autres ne se trouvent pas de logis et dorment dans la rue. Certains n’arrivent pas à gagner assez d’argent pour vivre, rembourser leur prêt et aider leur famille. 

Lorsque je parle de cette situation à Tony Tan, un guide habitant à Singapour, je sens de la gêne dans sa réponse : « Singapour est un vrai chantier de construction. Le centre-ville devrait doubler d’ici deux ou trois ans et la moitié du pays n’existait carrément pas, il y a 50 ans. Ces constructions majestueuses ne se font pas par magie. Les Indiens contribuent massivement au développement de l’État. »

Un deuxième centre-ville devrait « pousser » d’ici 2015.

Selon Tony, la pression sociale fera tôt ou tard plier le gouvernement qui sera forcé d’améliorer les conditions de vie de ses travailleurs étrangers. Mais pour le moment, c’est le statu quo. Ils sont là, et ils n’ont qu’une journée de congé par semaine, le dimanche. 

Ils en profitent pour faire quelques achats. En Inde, on ne verrait pas d’hommes acheter des fruits et des légumes au marché. C’est l’affaire des femmes. Loin de leur douce, ils apprennent à se débrouiller, à laver leurs vêtements, à se soigner…

D’autres passent leur journée de congé à attendre que la journée soit terminée. Pourquoi n’en profitent-ils pas pour dormir ou du moins se reposer? Parce que la plupart d’entre eux habitent dans des dortoirs d’une quarantaine de lits. Et à Singapour, il fait chaud, très chaud. Pas besoin de vous dire qu’ils n’ont pas l’air climatisé. Ils fuient la chaleur suffocante de leur chambre. 

Voilà pourquoi le dimanche dans Little India, on voit des centaines d’hommes indiens qui ne font tout simplement rien. Ils attendent.

C’est aussi la seule journée qu’ils ont pour envoyer un peu d’argent à leur famille en Inde. C’est ce que j’ai appris en jasant avec un homme qui faisait la queue devant le bureau de transfert de fonds. Chaque dimanche, ils doivent attendre une heure ou deux sous le soleil pour que les fruits de leur labeur se rendent à bon port.

Cette promenade dans Little India m’a bouleversée. J’y allais pour découvrir un quartier, mais c’est à une dure réalité que j’ai été confrontée. Je n’arrive pas à m’imaginer loin des miens pendant si longtemps. Mon cœur est brisé seulement qu'à y penser. 

Je n’arrive pas non plus à concevoir qu’une cité si prospère et à l’avant-garde comme Singapour n’arrive pas à offrir un meilleur sort à ceux qui abandonnent tout pour contribuer à l’épanouissement de ce pays. 

Un pays capable de construire un hôtel en forme de bateau juché sur trois tours devrait être capable de beaucoup plus.

C’est troublée et impuissante que je quitte ce pays de démesure.  

La semaine prochaine, c’est de la Malaisie que je vous écrirai.

Jumpa Lagi (À bientôt, en malais)

 

 

(Crédits photo : Geneviève O'Gleman et Stéphane Collin)

Commentaires
gogleman a répondu : Re: La face cachee...
le 23/08/2012 à 23h22
Merci pour ces précisions... en effet, tout n'est pas rose à Singapour. Au-delà des édifices modernes et des rues impeccables du quartier des affaires, le quotidien des Singapouriens ne semble pas facile du tout.

Ce message a été vu par l'équipe de Canal Vie.
La face cachee de S'pore
par coldASice le 06/08/2012 à 3h35
Il y a peut etre 15% de foyer millionnaires mais le reste de la population souffre. Vous decrivez assez bien la situation des indiens mais ils ne sont pas seuls. Le revenu moyen est tronque du fait des millionnaires car en fait la plupart des habitants gagnent peu d'argent par rapport au cout de la vie tres elevee ici. il faut compter 2500sgd pour un studio dans un HDB (HLM de s'pore) et 1000sgd pour une chambre en colocation, les voitures coutent le double du prix europeen, ect... A part pour ceux qui travaillent dans la finance, s'pore n'est pas un eldorado...Et malheureusement pour les locaux, 90% des postes dans la finance sont pris par des expats

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